Bisexuelle pour vrai

Crédit photo: Alex Viens Bisexuelle pour vrai

Dans le milieu qui m'a vue grandir, la bisexualité était un mythe.

C'était réservé aux autres, à la cousine qui dansait nue, au fils du voisin, aux légendes urbaines de cours d'école. Je ne me rappelle pas avoir vu de lesbiennes dans les films que je regardais à TQS. Sauf évidemment les actrices « qui étaient virées aux femmes », comme mon père aimait le préciser chaque fois que nous voyions Rachel Weisz ou Samantha Fox à la télé. Et si les représentations lesbiennes manquaient cruellement à ma culture, les icônes bisexuelles étaient alors carrément une joke.

En dépit de m'offrir des mots pour articuler ma sexualité, la télévision a fait mon éducation romantique. J'aimais les belles actrices dans les films, j'aimais le souci du détail, la passion, la lenteur avec laquelle le cinéma s'attardait à la beauté des femmes. J'en suis évidemment plus critique depuis que je me suis élevée féministe, mais je me souviens avoir cru naïvement que c'était une attirance qui était partagée par tout le monde.

 
Crédit : Célia Marquis

Ah! Alors t'es lesbienne.

De tous mes coming-outs, j'ai toujours dû avouer que j'aimais les femmes aussi. Mon attirance pour les hommes n'a jamais été problématique. C'est ce qu'on attendait de moi, et c'est avec ça que les enfants grandissent. T'es hétéro jusqu'à preuve du contraire.

Quand j'ai avoué ma sexualité à mes parents, séparément, ils m'ont demandé la même chose : « C'est-tu parce que t'es allée dans une école de filles? » Pour les convaincre que c'était pas une phase, j'ai dû leur assurer que les vulves m'excitaient autant que les pénis depuis que j'avais environ 12 ans. #WhatYearIsThis?

Au secondaire, j'avais confié mon attirance pour les femmes à une amie pendant une fête bien arrosée. J'ai appris quelques années plus tard qu'elle avait informé tout mon entourage du fait que j'étais lesbienne, et que le gars avec qui je sortais était juste un cover.

J'ai été en relation monogame avec un homme pendant quatre ans de ma vie. Même s'il était au courant de ma bisexualité et qu'il l'acceptait bien, ce n'est que vers la fin que je me suis donné le droit de parler de mon orientation à autrui, de le mentionner sans avoir l'impression que ça contredisait ma relation. J'étais bisexuelle avant de rencontrer mon ex. J'étais bisexuelle avec lui, et je le suis encore maintenant. Alors pourquoi cette relation était-elle considérée comme une relation hétérosexuelle? Pourquoi avais-je l'impression de traîner un fantôme, une partie de moi qu'il fallait garder invisible pour ne pas troubler les eaux calmes des apparences?


Crédit : Nova/Facebook

Ben là… Décide?

J'ai rapidement compris que l'ambiguïté donne des migraines à la société. Je sens souvent que c'est plus facile de revendiquer une attirance qui offre une image déjà plastifiée de nos activités sexuelles, de notre mode de vie, de nos possibilités amoureuses, de nos limites — « t'en fais pas chéri, y'est gai! » — même si ça vient avec son lot de stéréotypes et de préjugés malsains. C'est difficile de revendiquer sa bisexualité quand on exige des « vrais bisexuels » à ce qu'ils aient des circonstances et des expériences parfaitement équilibrées. Difficile aussi, surtout, quand son orientation sexuelle est considérée comme une transition ou une fucking phase.

 

« Elle a couché avec cinq gars, mais elle a embrassé une fille? Elle doit faire ça pour attirer l'attention. »
« Il sort avec une fille mais il a couché avec un gars? C'est sûr qu'il est gai. »
Ça va finir par te passer.

L'un des plus grands obstacles à la validation de la bisexualité, c'est justement de considérer les orientations sexuelles comme des pôles qui se repoussent. La vérité, c'est que ça ressemble beaucoup plus à un spectre, une grosse zone grise, qui englobe toutes les attirances sexuelles ou romantiques. Je pense honnêtement qu'il existe autant d'orientations différentes qu'il existe d'individus, mais que la peur et le jugement ne nous laissent répondre que oui ou non à cette question ouverte qu'est l'attirance.
La représentation de la bisexualité dans les médias demeure encore un problème. Les icônes ou les référents culturels permettent d'humaniser les gens marginalisés, de normaliser leur existence. D'offrir une existence possible, une voix dans la masse. Si j'avais vu des femmes et des hommes bisexuels à la télé étant jeune, je n'aurais pas consacré autant de temps et d'énergie à déconstruire les stéréotypes dégueulasses qui sont associés à ma sexualité. Je n'aurais pas cherché les mots dont j'avais besoin dans l'approbation des autres. Et ma famille m'aurait sans doute prise au sérieux s'ils avaient pu envisager des bisexuels capables de fonctionner en société.

Mais ça va aller. Ça fait longtemps que j'ai décidé d'être mon propre exemple.  

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