Quand on observe le milieu de la culture québécoise, on peut observer un certain manque de diversité quant aux artistes à qui on offre une tribune. Interpelée par ce constat, une étudiante en création littéraire à l’UQAM a décidé qu’il était temps d’agir. Avec sept de ses collègues, elle se lance dans l’entrepreneuriat et crée une maison d’édition qui a pour mission de mettre de l’avant les écrivaines issues de minorités. Une initiative à la fois littéraire et solidaire qui porte un vrai projet de société : voici Diverses Syllabes.

Crédit:Catherine Leblanc

Où sont les femmes… racisées?

Des autrices québécoises issues de minorités visibles, bien sûr que vous en connaissez. Vous en voyez dans les journaux, à la télévision, et vous les entendez à la radio. C’est aussi ce que je me suis dit de prime abord. Mais quand j’ai voulu en dresser la liste, elle n’était pas bien longue… Soyons honnêtes, elle contenait deux misérables noms. Kim Thúy et Natasha Kanapé Fontaine, that’s it. Mon palmarès se révélait aussi minuscule que le talent de ces autrices est grand.

Si ces deux écrivaines tiennent le devant de la scène, alors où sont les autres? Celles qui ont percé sont-elles les arbres qui cachent la dense forêt de femmes qui attendent patiemment leur tour, qui s’acharnent au travail jusqu’à ce qu’arrive enfin le succès? Et pourquoi leur rendre la tâche si difficile? Quand les laissera-t-on briller par leur intelligence et leur créativité?

Une maison pour “rétablir l’équilibre”

Portée par le souffle du changement provoqué par les tragiques événements survenus en 2020, Madioula Kébé-Karama se lance. Ce projet de maison d’édition, elle y pense depuis longtemps, mais les atrocités des derniers mois vont l'obliger à sauter le pas. Elle ne peut plus rester les bras ballants à espérer que les choses s’arrangent d’elles-mêmes. Accompagnée de sept de ses consœurs, elle lance une campagne de sociofinancement pour l’aider à bâtir un lieu à leur image.

 

Les huit fondatrices de Diverses Syllabes (par ordre alphabétique) Elise Achille, Sayaka Araniva-Yanez, Emanuella Feix, Cato Fortin, Madioula Kébé-Kamara, Brintha Koneshachandra, Maude Lafleur, Paula Ouedraogo
Crédit:Diverses Syllabes

Un endroit où règnent le respect et la bienveillance. Un espace où peuvent résonner les voix étouffées des personnes marginalisées. S’il est déjà noble, de vouloir donner la parole a des personnes qui n’en ont pas souvent l’opportunité, l’entreprise va bien au-delà. L’objectif annoncé est de remettre l’individu au centre, de le libérer des stéréotypes qu’on lui impose. L’étudiante en création littéraire à l’UQAM fait le choix de l’imaginaire. Elle souhaite ouvrir un espace de liberté où s’épanouit le talent des plumes qui doutent, qui demeurent fragiles à force d’être réduites à un seul rôle: celui de la “minorité” qui témoigne. 

« […] La relève issue des communautés racisées ne devrait pas imposer de limites à ses ambitions, elle doit viser ses rêves et les concrétiser sans permission », déclare Sayaka Araniva-Yanez, cofondatrice de Diverses Syllabes, en entrevue avec le magazine en ligne Bain Public Culturel.

Une idée déjà récompensée

Le premier livre aux éditions Diverses Syllabes paraitra le 12 août 2021 à l’occasion de la journée “j’achète un livre québécois”. Il s’agira d’une œuvre collective. Pour le reste, on n’en sait rien encore. Ce sera la surprise. En attendant de pouvoir se procurer l’ouvrage cet été, on peut se réjouir de voir l’accueil positif que reçoit déjà le projet. En janvier, Femmes Essor a d’ailleurs sélectionné Madioula Kébé-Karama afin qu'elle fasse partie des 100 entrepreneures qui changent le monde. De quoi inspirer de nombreuses autres femmes.

Et pourquoi pas vous?

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