Le Mois de l’Histoire des Noirs fête ses trente ans cette année. Dans le cadre de cette célébration, j’ai décidé de partir à la découverte de la littérature haïtienne. J’en sais (trop) peu sur l’histoire de l’île que l’on connaît malheureusement surtout à cause cataclysmes qui la secouent régulièrement. Catastrophes naturelles, régimes totalitaires, le peuple d’Haïti a surmonté bien des épreuves dont sont empreints les deux romans historiques dont je vais vous parler. Deux textes incroyables qui m’ont chamboulée dont un a même valu l'exil à son auteur ! Puissance du langage, vérité des sentiments, personnages de chair plus que de papier, émotions vibrantes, tout y est ! Laissez-moi vous les présenter rapidement.

Gouverneurs de la rosée, Jacques Roumain, 1944

Crédit:memoiredencrier.com

Manuel est de retour dans son village de Fonds-rouge après des années passées dans les plantations de canne à sucre cubaines. Il y trouve une communauté divisée et une terre aride, qui n’a pas vu tomber une goutte de pluie depuis longtemps. Fort de son expérience à l’étranger, il tente de moderniser les pratiques agricoles de ses congénères et de reconstruire les liens de solidarité. Ce chef-d’œuvre, publié posthume, est une véritable ode à la vie. Il chante la terre qui nourrit le corps et l’amour, qui rend fertile l’âme des hommes. La langue de Jacques Roumain est envoûtante et rend hommage à une Nature puissante. Gouverneurs de la rosée est le roman de la dignité, celle que l’on gagne dans l’amour de ses voisins et de son terroir.

« Si l’on est d’un pays, si l’on y est né, comme qui dirait : natif-natal, eh bien, on l’a dans les yeux, la peau, les mains, avec la chevelure de ses arbres, la chair de sa terre, les os de ses pierres, le sang de ses rivières, son ciel, sa saveur, ses hommes et ses femmes. »

Amour, Colère et Folie, Marie Vieux-Chauvet, 1968

Ce récit en trois parties est un brûlot contre la dictature. L’autrice y dépeint de façon intime, très organique, l’horreur de la violence, le drame de l’enfermement et la profonde noirceur que peut atteindre l’âme humaine quand elle suffoque, par manque de liberté, par manque d’amour. L’autrice décrit les blessures du corps : le désir réprimé, la chair sacrifiée. Dans une société qui n’est que violence, on viole la terre comme on viole les femmes. L’humanité a déserté ce lieu sordide où tout est devenu monnaie d’échange. L’étau se resserre et la mort n’est jamais bien loin. Marie Vieux-Chauvet produit une œuvre bouleversante, véritable cri pour dire la liberté.

« Les êtres humains ressemblent de manière étrange à certains animaux. J’ai été frappée de ma ressemblance avec la panthère que j’ai vue récemment dans une salle de cinéma. Même faciès, même regard féroce voilé de fausse douceur, même souplesse dans l’encolure sur laquelle tourne lentement une tête élégante aux narines échancrées, frémissantes et sensuelles. Lui, ressemble à un chien. »

Et vous ami-e-s lecteurs-trice-s, quelles belles trouvailles souhaitez-vous partager?

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