Aujourd'hui fut une journée vraiment désagréable. Quasi impossible de passer à côté. À la radio, aux nouvelles, à la tivi, le mot se propage comme l'annonce d'un nouveau bébé royal : l'épidémie du COVID-19 vient d'atteindre le Québec. Ou plus précisément, la paranoïa bat officiellement son plein.

Moi, je travaille en pharmacie, au comptoir des ordonnances. Depuis quelques semaines, on voyait les tablettes tranquillement se vider des désinfectants pour les mains. La pénurie de masques, ça, c'était bien avant que le virus apparaisse, vous saviez? Ça arrive tous les ans, à cause de la grippe saisonnière. Parce que tsé, c'est plus important d'approvisionner les hôpitaux et cliniques, là où il y a vraiment des gens gravement malades.

Aujourd'hui, notre Premier ministre fédéral a annoncé qu'il se mettait volontairement en quarantaine préventive, car son épouse présentait des symptômes de fièvre (une bonne initiative puisque le test du coronavirus s'est par la suite avéré positif pour elle), et notre Premier ministre provincial a fait une conférence de presse expliquant les mesures préventives qu'il impose pour limiter les risques de propagation et les pressions inutiles sur notre système de santé. 

Une seconde plus tard, les téléphones de la pharmacie commençaient à sonner: « Allô, ouais, j'aimerais avoir 6 mois de médicaments... Euh, non, je m'en vais pas en voyage, c'est juste que je veux des réserves, tsé, les médicaments sont pas mal tous faits en Chine, je veux pas en manquer moi-là. Pis, le premier miniss', c'est lui qui a dit de faire des réserves de ce qui est essentiel! »

Cet après-midi m'a tellement épuisée, car j'ai goûté à grosses doses à l'égocentrisme humain.

Les tablettes vidées au Costco, dans les épiceries... La panique est tellement le pire ennemi présentement! En vous approvisionnant « à outrance », vous priverez votre prochain d'avoir le strict minimum pour son bien-être essentiel. La raison pour laquelle des mesures « draconiennes » sont prises par le gouvernement n'est PAS parce que le Québec court un risque grave d'épidémie, mais bien pour protéger notre système de santé afin qu'il puisse continuer de soigner justement tous ceux et celles qui en ont besoin! À ce jour, le risque de propagation épidémique au Québec/Canada demeure faible. Une dizaine de cas sur 7 millions pour le Qc, et 138 sur les 38 millions de Canadiens. Changer de perspective permet de se calmer un peu, non?

Alors, non, monsieur, on ne vous donnera pas 6 mois de médicaments sans raison valable, car à ce rythme-là, ça nuirait grandement au service auquel à droit toute la population au complet. En pharmacie, nous commandons à tous les jours chez divers fournisseurs pour pallier aux très régulières ruptures de stock. Ce n'est pas nouveau, et ce n'est pas demain que nous manquerons de médicaments. Alors, pensez un peu à votre prochain deux secondes.

Oui, ça peut étonner et faire un peu « peur » d'être témoin de toutes les mesures qui sont prises chez nous et à l'international pour endiguer cette pandémie. Il est essentiel de se rappeler que ces mesures sont avant tout pour s'assurer qu'on restera en mesure de traiter toutes les autres maladies qui existent, et non parce que tout le monde est soudainement en danger de mort.

Plus de Purell?: lavez-vous les mains au savon, ça suffit, si ce n'est pas mieux!

Plus de papier cul?: courez vous procurer un bidet, c'est génial et écolo! 

Évitez de toucher à tout (ça devrait être une mesure permanente), lavez-vous les mains régulièrement (ça aussi), gardez votre beau sourire (tant qu'à faire, ça aussi!), les deux pieds sur terre, et on va passer au travers.

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