Impressions d'une travailleuse essentielle en pleine pandémie

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Je ne sais pas trop quel angle prendre, mais ça a besoin de sortir. Sur Facebook, toutes les publications que je vois passer vont dans le même sens : « 10 trucs pour rendre le confinement plus agréable! » ou « Voici des idées d’activités à faire avec vos amis à distance! ». À la radio, à la télé, dans le journal : confinement par-ci, ville fantôme par-là, panique par là-bas. Moi, tous les matins, mon cadran sonne à la même heure que toujours.

Je fais partie de ces « travailleurs essentiels », qui doivent aller risquer leur santé pour le maintien de celle du reste de la population. Aucun problème avec ça, je suis contente d’aller travailler. Certes, j’envie un peu cette quantité astronomique de personnes qui cherchent quoi faire tellement elles ont de temps devant elles. Mais enfin, ce n’est pas ce qui me dérange ces jours-ci.

Non, c’est plutôt le manque de représentativité. Chaque matin, comme toujours, c’est Tout un matin à la radio de Radio-Canada. Chaque matin, on y parle de la COVID-19 et des confinés. Parfois, on parle des travailleurs de la santé, mais surtout en hôpital. Peu de représentation pour les autres domaines. Peu de témoignages des travailleurs d’épicerie et autres commerces spécialisés dans le service. Je n’entends et ne vois que la panique ambiante propagée par les confinés.

Mais, voilà. Le centre-ville de Montréal est peut-être désert, mais le reste de l’île ne l’est pas. Pas du tout. Cette « pause » dont tout le monde parle, je ne la sens pas du tout. Au contraire, je travaille trois fois plus fort que d’habitude, déjà que je considère que je fais un métier extrêmement exigeant et très peu valorisé (hello, assistante technique en pharmacie here).

Le monde continue de tourner, la nature s’assainit. Les gens prennent conscience de leurs privilèges et de leur confort qu’ils pensaient acquis (j’ose croire).

Moi, je me sens à côté du monde. Je ne me vois plus dans les médias. Je ne me vois plus dans ce monde gris. Je ne me reconnais plus dans les chroniques culturelles qui égayaient ma vie, car il n’y en a plus. Je ne reconnais pas la panique dont ils parlent constamment, car je ne la vois pas ni ne la vis. Et même si on nous appelle les « anges gardiens », je ne crois pas une seule seconde à cette formule des plus hypocrites lancée alors que la plupart d'entre nous, dont les infirmières et enseignant.e.s, attendent toujours une juste rémunération pour leur travail… essentiel.

Donc, voilà. Au final, je sens aussi ma vie en suspens, mais pour des raisons différentes de celles qui saturent les médias. J’ai l’impression de continuer à avancer dans un monde où tout est arrêté. Je me sens seule, épuisée et en manque de reconnaissance, oui, je l’avoue. Je m’accroche à l’important : ça va bien aller. Croyez le mot d’une personne qui s’aventure au front tous les jours.

 

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