Être bisexuelle (et très perdue) à 25 ans

Crédit photo: Ana Cruz/Unsplash

J'ai longtemps cru que j'étais hétérosexuelle. Après tout, j'avais toujours eu des crush sur des hommes, sans parler de mes relations intenses et passionnelles avec eux. Certes, j'avais déjà ressenti de l'attirance envers des femmes, surtout à la télé ou dans les films, mais c'est normal pour une femme hétéro, non? Du moins, c'est un peu l'idée que je me faisais, qu'on m'encourageait à me faire. Que c'était insignifiant, vide, de la curiosité, sans plus.

Cependant, plus le temps avançait, plus je réalisais que mon attirance pour les femmes n'était pas « platonique ». Qu'elle était réelle et légitime. Mais je n'ai jamais vraiment eu l'occasion d'explorer cet aspect de mon attirance, puisque, pour des raisons contingentes, j'ai eu tendance à avoir de longues relations avec des hommes. En tout j'ai passé 10 ans et demi en relation avec des hommes sur 25 ans de vie ; ça laisse peu de temps pour faire sens de ma bisexualité, ça.

Maintenant, je suis célibataire, alors j'aurais le champ libre. Mais il y a aussi des obstacles dont je n'avais pas envisagé l'ampleur, notamment la biphobie et l'invisibilisation. Parmi les femmes aimant les femmes, je réalise que les bisexuelles suscitent la méfiance ; on se fait traiter de « bicurieuses », on doit sans cesse prouver qu'on est « assez lesbiennes », on se fait parfois même shamer comme si on était « impures » d'avoir couché avec des hommes. De l'autre côté, les bisexuelles fem (comme moi) sont souvent perçues comme hétérosexuelles. Je reçois donc beaucoup d'attention masculine, mais très peu d'avances de la part des femmes. Ça peut être un avantage parce que ça limite l'homophobie qu'on subit directement, mais il y a définitivement une forme de violence dans cet effacement systématique de notre identité.

Pour ces raisons, même si j'envisageais mon célibat comme l'occasion d'enfin fréquenter des femmes, j'ai surtout eu des dates avec des hommes. Je pense que c'est aussi une question de zone de confort. J'ai l'habitude de coucher avec des hommes. Mais si je suis honnête avec moi-même, ça fait longtemps que j'ai l'impression qu'il « manque » quelque chose quand je couche avec eux. Même en multipliant les conquêtes, il y a quelque chose qui reste insatiable. Il y a toujours un sentiment étrange de vide, voire de dissociation. Un sentiment de ne pas être complètement à ma place.

Et quand je pense aux personnes qui m'apportent quelque chose, aux personnes vers qui je sens un magnétisme, ce sont des femmes. Les personnes qui me laissent le goût de plus sont des femmes. Les personnes qui me fascinent et me réveillent la nuit sont des femmes. Celles pour qui je manque de mots même si je les cherche, celles que je n'arrive pas à résumer, à expliquer, celles qui me donnent chaud, celles qui me font sentir bizarre quand je sais que je vais les voir bientôt, ce sont des femmes.

Je me demande souvent pourquoi je vais autant vers les hommes alors que mon attirance pour les femmes est généralement plus grande. Je pense que c'est l'attrait de la facilité. Aussi, force m'est d'admettre que je suis terrorisée d'entrer en territoire inconnu. J'ai peur d'être rejetée et invalidée, alors qu'avec les hommes tout semble aller de soi, en raison de l'hétéronormativité ambiante. Je sais quoi faire avec les hommes ; j'ai absorbé ce modèle par tous les pores de ma peau à force de baigner dedans. Avec les femmes, je n'ai plus de mode d'emploi et je perds mes moyens. Je trouve important d'en parler parce que je réalise qu'on est nombreuses à se sentir comme ça.

Pour cet été, je me souhaite de prendre confiance, de cesser de nier qui je suis et ce que je veux. Je suis comme un petit chat affectueux qui a tellement peur des gens qu'il se cache sous les divans. J'aimerais ça crisser les divans aux vidanges pour apprendre à arrêter de me cacher, à me laisser approcher, mais aussi à approcher les autres. C'est un peu ce que j'essaie de faire ici I guess.

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