Ça fait maintenant un an que nous vivons cette pandémie, cette situation qui s’éternise. Comme quoi la panique qui m’a envahie à même date l’année dernière, à l’idée que notre monde changerait et que d’incommensurables souffrances collectives nous attendaient, n’était pas de la dramatisation.

Je suis épuisée d’en entendre parler, et je pense que cet épuisement est partagé. Par contre, je mentirais si je disais que je n’ai pas ruminé et fait de l’introspection en lien avec les problématiques qu’exacerbe cette situation. Je réalise que je me sens toujours coincée entre deux personnes, coincée entre deux choix, coincée entre deux valeurs, indécise et perdue dans ce qu’il faudrait que je sois et que je pense. J’oscille, jusqu’à me poser des questions sur ma propre personne.

Quel est le rapport me direz-vous? J’ai l’impression qu’il est de plus en plus difficile d’être dans la nuance, de prendre un pas de recul. Peu importe le sujet, quelqu’un grimpe dans les rideaux, et sur les réseaux sociaux, c’est exponentiel.

Il est mal vu d’être dans le gris quand on vit dans un monde en noir et blanc, un monde de gentils et de méchants. Si on est pour telle ou telle chose, on fait partie du problème, si on a des réserves sur tel autre sujet, ou que l’on pose une question, on est soudainement complotiste, ou juste la pire personne qui soit. Il y a souvent des conclusions hâtives, qui se font à partir d’une parcelle d’information et la violence qui en émerge est ridicule. Les individus et les problématiques, peu importe de quoi on parle, sont toujours plus complexes et ne peuvent être réduits qu’à une seule chose. Peut-être qu’on l’oublie tranquillement à force de ne plus réellement connecter les un.es avec les autres…

J’essaie maintenant d’assumer que je suis dans la nuance. C’est normal et sain d’osciller, d’explorer et de changer d’avis, de fréquenter des personnes qui ne pensent pas comme nous, d’être curieux.se.s et d’en apprendre sur les différentes réalités, ça fait partie de la vie. En fait, c’est ce qui rend celle-ci intéressante. Il faut encourager cette curiosité par de l’ouverture et de l’écoute et ça, malheureusement, il en manque cruellement de nos jours, même dans le camp des « gentils ».

Tout ça pour dire qu’il y a une différence entre respecter ses limites, ses valeurs, et rejeter tout ce qui n’est pas un reflet de soi-même. Le fait de juger des personnes ou des groupes, de les sortir de sa vie et de son entourage à partir d’opinions divergentes est une démonstration de manque d’intelligence émotionnelle selon moi.

Je ne suis pas une sainte, il m’arrive de tomber dans la colère et dans le jugement quand j’explique pour une énième fois des concepts de justice sociale que tout le monde devrait connaître. La réalité, c'est que nous n’en sommes pas encore là… Pendant que je suis en colère dans mon coin en pensant que mon code moral est tellement supérieur aux autres, et bien rien ne change.

Personne n’a le même parcours, personne ne nait avec TOUTES les connaissances associées à TOUS les sujets, et je suis exaspérée des discours haineux, ou juste élitistes du genre « allez vous éduquer », ce n’est pas suffisant et c’est contre-productif. On doit partir du constat que les gens ont une vie et d’autres soucis que de tout savoir sur tout ce qui ne les concerne pas directement. Si on veut un tant soit peu changer les choses, on n’a pas le choix d’être pragmatiques, de faire preuve de pensée critique, de compassion, de patience, et d'humanité.

D'après vous, où est passée la nuance?

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