Il y a une vague de dénonciations actuellement qui brasse bien des choses. Je ne sais pas pour vous, mais j’ai passé par toutes les émotions, sauf peut-être la surprise. En tant que femme qui navigue dans le monde d’aujourd’hui, j’ai vécu ma part de violences à caractère sexuel, et le fait que tant de dénonciations circulent ne me surprend plus.

Cependant, cette fois-ci, c’est personnel. Un ami, appelons-le X, a été nommé par une amie commune. Il aurait commis un geste appartenant à la catégorie des violences à caractère sexuel. Ce n’est d’ailleurs pas la première fois que quelque chose comme ça circule à son sujet. Que faire maintenant?

Mon premier réflexe a été de vouloir couper les ponts avec X. Cancel. C’est certain que c’est un geste parlant, qui peut nous faire sentir mieux dans l’immédiat : « Je ne suis plus associé ou associée à cet individu. Je ne veux plus rien à voir avec lui! » Ça peut être une solution dans certains cas; dans le mien, X est un ami de longue date qui fait partie de notre groupe d’amis et je cherche donc une autre manière de réagir à la situation.

J’ai l’impression que le fait de le canceller risquerait de l’isoler, plutôt que de l’aider à changer et à réparer son geste. J’ai donc fouillé dans les principes de la justice réparatrice pour m’offrir des pistes de solutions. Ainsi, une façon d’emprunter cette approche à la suite d’une dénonciation peut ressembler au fait de respecter les besoins de la victime, de même que d’aider X à réparer ses torts et à changer! Pour ce faire, j’ai pensé:

Écouter et croire la victime

Tout dépendant du degré de proximité avec la personne ayant témoigné à propos de X, il peut être très approprié de commencer le processus en l’écoutant, en la croyant, et en lui demandant ce qu’elle souhaite faire. Dans mon cas, celle-ci ne souhaite pas que X soit radié du groupe, mais veut vraiment qu’il cesse ses comportements. D’autres exemples de besoins : avoir une conversation (accompagnée ou non) avec la personne, ne plus être en contact avec cette dernière, être avertie de la présence de la personne lors d’activités, etc.

Avoir une conversation honnête sur le sujet

Le premier pas à faire envers X, qui peut être malaisant à tant de niveaux, est d’aborder le sujet avec lui. Par exemple : « j’ai entendu quelque chose de troublant à ton sujet, est-ce que je peux t’en parler? » Il ne faut pas avoir peur des mots ici, car diminuer ce qui est arrivé à la personne survivante n’aidera pas X à comprendre ce qu’il a fait, surtout s’il est inconscient de l’impact de ses gestes.

Nommer des actions concrètes à entreprendre

Une fois que la conversation aura eu lieu et que X comprendra que ce qu’il a fait était inacceptable, le fait de discuter de la suite de manière concrète peut être bénéfique. Par exemple, je souhaite que X honore les besoins de la victime en acceptant d’avoir une conversation avec celle-ci (lorsqu’elle le désire et est à l’aise avec ça), et en offrant réparation concrète si celle-ci le demande.

Il serait aussi approprié qu’il entame une thérapie avec un ou une psychologue ou sexologue, pour être appuyé professionnellement dans ses démarches de changement. S’il s’engage pleinement dans ce processus, ce serait vraiment un pas dans la bonne direction pour que ses comportements changent dans l’avenir.

Continuer à le soutenir

C’est certain que les besoins et sentiments de la victime doivent primer. Je veux aussi être ouverte à épauler X dans ses démarches et continuer d’avoir avec lui des conversations difficiles mais nécessaires sur le consentement et la culture du viol pour l’aider à changer.

Bien sûr, si X ne s’engage pas dans le processus, ne se montre pas réceptif, ne souhaite pas changer ou pire, s’attaque à la victime ou à moi, la situation ne sera pas la même et le fait de m’éloigner de lui peut être la bonne solution. De même, pour d’autres situations que la mienne, peut-être que la meilleure voie à suivre est celle de déposer une plainte ou d’appuyer la personne survivante dans ce processus! Je vous parle bien ici de mon propre cas, et je souhaite offrir des pistes de réflexion aux personnes qui seraient dans la même situation.

Aussi, même si votre ami décide de changer, d’aller en thérapie et de prendre du recul par rapport à ses comportements problématiques, vous avez tout à fait le droit de choisir de vous éloigner de lui, voire de le sortir de votre vie. Votre besoin de distance est légitime et vous n’avez pas besoin de vous justifier. Faites ce qui est le mieux pour vous et rappelez-vous que la charge de l’éducation de cet ex-ami n’est pas la vôtre, mais la sienne. Il est le seul responsable de ses comportements problématiques et il est le seul responsable de s’améliorer, de cheminer, de devenir un humain décent.

Que feriez-vous si votre ami était accusé d’inconduite sexuelle?*

*Le masculin est utilisé ici parce que 94% des agresseurs sont de sexe masculin.

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