No answer is an answer : expression qui ratisse large?

Crédit photo: Aziz Acharki/Unsplash No answer is an answer : expression qui ratisse large?

Il y a une expression que je vois passer sur les réseaux sociaux depuis un certain temps, et c’est « No answer is an answer. » (pas de réponse, c’est une réponse). C’est quand même très vague et ça peut avoir différentes applications. Je crois que le plus souvent, c’est voulu comme une sorte de conseil bienveillant invitant à lâcher prise et à penser à soi vis-à-vis d’une personne qui paraît clairement vouloir niaiser, faire perdre du temps,  ou ignorer, souvent en situation amoureuse ou sexuelle. Ce qui est bien.

Cependant, je trouve que le glissement peut vite se faire à une application plus systématique de cette affirmation. En gros, si elle devient une règle pour toutes les situations, elle peut devenir problématique, à mon avis.

Explication. Quand je lis la phrase « No answer is an answer », je suis des deux côtés de la situation. Autant j'ai vécu des moments où j'aurais pu invoquer la phrase, autant je pense à toutes les fois où, malgré moi, j’ai laissé quelqu’un sur « vu »; où j’ai répondu à un courriel ou une lettre des jours trop tard; où j’ai repoussé de rappeler quelqu’un. Et cette phrase-slash-règle, elle parle alors à ma place, haut et fort sur les réseaux sociaux  : « Si quelqu’un ne te répond pas, c’est en soit un signe qu’elle s’en fout, et tu devrais arrêter de perdre ton temps avec elle ». C’est ce que je retire de cette expression généralisante. C’est un petit peu plus nuancé que ça.

Par exemple, ma réalité ne cadre pas dans cette affirmation : c’est par anxiété que je ne suis pas prompte à répondre. J’éprouve beaucoup de culpabilité devant les messages en gras dans mon inbox ou autres responsabilités fuies. C’est loin d’être parce que je m’en fous – au contraire, ça me préoccupe beaucoup. Ce n’est pas si simple.

Mais même s’il n’en était pas de l’anxiété, je trouve que présumer des intentions ou des raisons d’autrui pour prendre des décisions ou porter un jugement, sans communication, est une conduite à risque en général qui peut avoir des répercussions injustes et indues.

Je suis bien consciente que pour ça aussi, l’anxiété peut vraiment nuire! Ça peut être très ardu de se pousser à confronter, à vérifier avec quelqu’un. Peut-être qu’on n’a juste pas cette énergie-là, peut-être que c’est variable selon l’importance qu’on accorde à la personne. Je n’exprime la chose que parce que c’est mon idéal de moralité, mais je serais la première à m’imaginer des scénarios sur les autres et à m’y tenir. Je dois lutter vigoureusement contre ça moi-même.

Je réitère que je sais que la phrase peut être un mantra salutaire, dans plusieurs contextes, pour aider à sauvegarder ses énergies, à ne pas ruminer et à passer à autre chose comme dans le cas d’une personne qui ghost ou pour quelqu’un qui te traite avec une flagrante indifférence, par exemple. De toute manière, ce n’est pas de ce genre de situation très précise dont il est question dans le présent billet, et je ne dis pas que la phrase ne peut pas être une bonne stratégie de self-care quand on est rendu·e là. Après tout, à chacun·e ses limites et besoins.

J’imagine que le risque qui m’interpelle davantage est de juger un livre par sa couverture. On s’entend que c’est une question de discernement, c’est un risque que d’appliquer une solution apparemment « one size fits all » à une multitude de contextes différents en s’attendant à ce que ça fasse la job, puisque, on s’en doute, ça n’existe pas vraiment.
 
 
 

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