L’autre fois, j’ai fait un post Facebook comme quoi j’écoutais Les Feux de l’Amour à TVA. C’est mon petit plaisir quotidien et ma manière de clore ma journée de travail à une heure fixe, puisque je suis en rédaction de mémoire et que gérer mon horaire par moi-même présente des défis. Il n’en fallut pas plus pour que plusieurs hommes parmi mes ami.e.s Facebook ressentent un besoin viscéral d’exprimer leur dégoût envers cette émission. Ça m’a fait réfléchir à combien les hommes intellectuels et leurs mépris pour les éléments de la culture pop sont teintés d’une forme de misogynie insidieuse, mais bien réelle.

Je parle ici de misogynie, car je remarque que le dégoût le plus total est réservé à tout ce qui est stéréotypé féminin, surtout ce qui est aimé par les adolescentes ou les « matantes ». J’ai aussi reçu des critiques pour avoir écrit à propos de Keeping up with the Kardashians, comme si cela affectait mon intelligence ou le respect qu’il fallait avoir envers moi en tant qu’« intellectuelle ». J’ai entendu aussi de nombreuses fois de la part d’hommes universitaires que Nicki Minaj est trop vulgaire, qu’elle ne fait pas de la « vraie musique » et qu’eux n’écoutent que du classique et du jazz, évidemment. J’ai entendu des commentaires désobligeants sur le maquillage, la mode, on m’a dédaignée parce que j’aime écouter America’s Next Top Model et que je joue aux Sims. Pourtant, leur attitude envers les éléments de culture pop associés à la « masculinité » est souvent beaucoup plus permissive. Personne ne m’accuse de ramollir les cerveaux de la population quand je parle de jeux vidéo comme Diablo ou God of War, ou quand j’explique pourquoi j’aime écouter des films de superhéros. Il y a parfois certains « intellectuels » plus critiques du sport, mais encore là, je n’ai jamais assisté à un niveau de dédain aussi général et intense que lorsqu’il est question de choses « féminines ».

Je pense que ça a un peu à voir avec les vieilles associations sexistes ; les femmes sont associées au vide, au mensonge, aux apparences. Plutôt que de voir le maquillage comme une forme d’art, on le voit comme une forme de tromperie. Les émissions de télé-réalité comme Real Housewives sont perçues comme étant vides de contenu, pourtant nombreuses sont les personnes qui retirent quelque chose de constructif de leur écoute. Je le dis en tant que philosophe se spécialisant en philosophie médiévale : tous.tes les intellectuel.le.s de l’histoire sont inséré.e.s dans leur époque, la comprennent, la vivent. Pourquoi faudrait-il refuser de comprendre ce qui rejoint les gens de notre époque et continuer à vivre dans un passé constitué uniquement de Dostoïeski et de musique classique? Je l’ai dit souvent dans ma vie et je le répète : il n’y a pas d’élément culturel qui soit, par lui-même, vide ; il n’y a que des esprits fermés qui refusent d’y voir quelque chose d’intéressant.

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