Il y a quelques années, j'ai fait un travail de session sur le tourisme sexuel. Le tourisme sexuel est l’action de voyager dans le but d’avoir des relations sexuelles. Quand on pense à ce dernier, on pense à la Thaïlande, à Acapulco au Mexique, au Brésil... À mon plus grand regret, j’ai découvert qu’un des endroits de prédilection du tourisme sexuel en Amérique du Nord est Montréal. Et c'est loin d'être une fierté! Montréal devient plus que jamais une plaque tournante de l’exploitation, lors des festivités du Grand Prix, une ville où l'on peut acheter des services sexuels en un claquement de doigts.

Le 30 mai dernier à l'approche de ce grand événement touristique, le Y des femmes de Montréal, le Comité d'action contre la traite humaine interne et internationale (CATHII) et la Concertation des luttes contre l’exploitation sexuelle (CLES) se sont associés dans une campagne de sensibilisation à l’exploitation sexuelle entourant le Grand Prix. Le thème de cette année est « Un trop Grand Prix pour les femmes et les filles ». Le but de cette campagne est de sensibiliser la population au recrutement des femmes qui s’accentue pour la fin de semaine de la Formule 1.

Tout d’abord la Formule 1 est plus que jamais reconnue pour son aspect sexiste et pour l’objectivation du corps de la femme qui l’accompagne. L'année dernière, Josiane avait même décidé de ne plus participer aux festivités entourant l'événement ; elle en parle juste ici. Voitures et femmes-objets est un duo plus que connu, malheureusement.  Vous comprendrez donc que la Formule 1 s’accompagne d’une hausse de la demande pour des services sexuels*, le recrutement des femmes et filles s’intensifie afin de répondre à cette même demande. Le recrutement augmente, beaucoup de jeunes femmes deviennent hôtesses ou escortes, on leur dit qu'elles vont vivre la « girlfriend experience », présentée comme une fin de semaine glamour et une façon facile de faire beaucoup d’argent rapidement. Mais au final, c’est d’exploitation sexuelle dont il est question. Cette année est d’autant plus inquiétante : vu la hausse du tourisme engendrée par le 375e de Montréal, les organismes redoutent une hausse du tourisme sexuel dans la métropole.

 « Un trop Grand Prix pour les femmes et les filles » a mis le paquet. Des centaines d’affiches et de dépliants ont été distribués dans les centres jeunesse, les maisons de jeunes, les cliniques de santé sexuelle, des cafés et plusieurs autres lieux fréquentés par les jeunes, à la fois à Montréal, Laval et Longueuil. Cette campagne d’envergure compte sur la prévention pour au moins réduire les risques liés au recrutement et à l’exploitation sexuelle. Un site Web est en ligne si vous désirez vous informer sur le sujet ou connaître la liste des ressources d’aide disponibles. Cette campagne vise aussi à encourager les hôteliers, les bars et les restaurants à ne pas être complices du tourisme sexuel. Ils sont aussi invités à participer à l’étude commandée par la Ville de Montréal au Conseil des Montréalaises pour documenter la traite des femmes à des fins d’exploitation sexuelle pendant le Grand Prix du Canada.

Bref, chaque événement à grande ampleur touristique engendre des risques qu’on ne perçoit pas de prime abord. Le tourisme sexuel en fait partie, d’autant plus lors d’événement où la femme est représentée comme un objet. Il est, selon moi, important de dénoncer ce genre de phénomène, encourager le Grand Prix signifie qu’on ferme les yeux sur cette problématique. La lutte contre l’exploitation sexuelle est loin d’être terminée, je vous invite à vous joindre à cette campagne afin de sensibiliser et tenter de réduire le recrutement des jeunes femmes.

*NDLR Notons que la prostitution peut être faite dans un cadre correct s'il y a un réel consentement, selon le plein vouloir des femmes. Cependant, l'exploitation sexuelle pendant le Grand Prix touche aussi énormément de jeunes filles mineures et des femmes non consentantes, c'est pourquoi nous pensons qu'une telle campagne est nécessaire. 

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