Vivre avec la maladie du Trouble de la Personnalité Limite

Crédit photo: Pexels/Pixabay Vivre avec la maladie du Trouble de la Personnalité Limite

En janvier 2014, mon psychiatre me diagnostiquait Trouble de la Personnalité Limite (Borderline).

Je n’étais pas étonnée. Même que je savais que c’était la maladie dont j’étais atteinte. C’était un soulagement incroyable après avoir vécu avec un mauvais diagnostic depuis cinq ans. Je savais, car j’ai travaillé dans le domaine de l’intervention auprès des adolescents durant près de quatre ans. Le TPL est une maladie que je connaissais bien – très bien, même. Ce n’était donc pas un choc, mais plutôt un baume, un soulagement après des années de médicaments et de traitements plus ou moins adaptés. Certains diront que le diagnostic est juste un bout de papier et que cela ne détermine pas grand-chose, mais moi j’avais besoin de ce bout de papier. Il était question de solidifier qui je pensais réellement être.

C’est un peu difficile à expliquer, en fait. Après toutes ces années d’ignorance sur le diagnostic (le vrai) et sur ma propre personne qui ont provoqué des choses très peu positives comme la prise de mauvais médicaments, les innombrables thérapies, les tentatives de suicide, l’automutilation, les problèmes de consommation, la perte d’êtres chers dans ma vie, les rechutes, etc., eh bien, j’ai finalement conquis ma maladie. Et moi-même. Ma vie a souvent tenu sur un fil très mince pour beaucoup de raisons. Mais aujourd’hui, je suis encore en vie. Et je suis contente d’être encore là.

Les relations avec mon entourage
J’ai peur de m’engager dans toutes formes de relations (amicales, amoureuses et professionnelles), car je m’attache énormément aux gens et j’ai peur de les perdre. J’accepte mal le changement naturel de la vie et je vois le courant normal de celle-ci comme une forme d’abandon. Je suis consciente de tout ça, mais c’est plus fort que moi et ça m’effraie toujours autant.

Les émotions roller-coaster
Mes sentiments sont intenses, ben intenses, et ils peuvent changer en quelques heures à peine, comme le jour et la nuit. Je peux me lever un matin et être incroyablement heureuse, comme je peux avoir de la difficulté à me sortir du lit. J’aimerais pouvoir expliquer pourquoi, mais malheureusement, je ne peux pas. J’ai des périodes que j’appelle des « crises » et durant lesquelles je sais que je n’irai pas bien pour quelques jours. Cela résulte souvent d’un échec quelconque genre une mauvaise note à l’université, un conflit avec quelqu’un.e, un problème personnel, etc. Avec le temps, j’ai appris à ressentir l'arrivée de mes crises et il m’est plus facile de les contrôler.

Les problèmes de dépendance
Ah, ça… Des dépendances à tout, mais absolument tout. Que ce soit l'alcool, les dépenses d’argent, les achats compulsifs, un trip sur quelconque activité ou passe-temps… Name it, il est facile pour moi de m’y attacher du jour au lendemain et d’une façon plutôt intense. Heureusement que j’ai réussi à vaincre depuis des années ma dépendance à l’alcool et ce n’est plus du tout un problème pour moi.
 
Les limites
J’en ai beaucoup plus qu’il y a sept ans, bien honnêtement. J’ai un meilleur filtre et mes pensées sont souvent plus claires. Celles-ci sont parfois fragiles, alors je dois souvent prendre le temps de comprendre ce qui ressort de mes émotions et de saisir la réalité devant moi. J’ai parfois des trous de mémoire assez incroyables. Genre des épisodes de mon passé qui se sont complètement effacés de ma tête. Mon médecin dit que cela fait partie de la dynamique de la maladie.

L’image personnelle
J’ai besoin de beaucoup d’espace, comme je ne peux pas rester complètement seule. Ça fait partie du self-love que j’essaie de stabiliser le plus possible. C’est-à-dire que j’ai peu d’amis et ceux que j'ai sont extrêmement précieux et connaissent ma vie par cœur et ma personne à nue à 110 %. J’entretiens aussi une relation très serrée entre ma propre santé et la perception que j’ai de mon image corporelle. Mon véganisme s’est transformé en habitudes santé qui ont amélioré non seulement ma santé physique, mais aussi psychologique. D’ailleurs, je ne prends aucun médicament depuis que je suis végane.
 
L’avantage (dans un certain sens) avec le TPL, c’est ce que c’est une maladie qui peut s’assagir avec le temps – en vieillissant. Je grandis avec elle et on apprend les deux à vivre ensemble. Des fois, j’aimerais pouvoir me coller un sticker écrit « PAS DE MALADIE MENTALE » sur le front et vivre une journée banale sans ups and downs et combat constant contre moi-même, mais je ne peux pas. Pis c’est correct, c’est très correct même. Avec du recul, du travail constant, de la patience, de l’amour (beaucoup d’amour) et surtout du temps, j’ai appris à accepter ma maladie. Et malgré tout ce que je vis au quotidien, je ne changerais pour rien au monde qui je suis. Car le bout de papier ne déterminera jamais qui je suis réellement, au fond.


                                                                                                       Crédits : Giphy                    

* Le Trouble de la Personnalité Limite est une maladie qui se vit différemment pour tout le monde et qui varie selon l’âge et les personnalités de tous.tes. La prise de certains médicaments peut être nécessaire et il n’y a ABSOLUMENT rien de mal à ça. Des ressources psychologiques et psychiatriques sont disponibles auprès de médecins, CLSC, cliniques privées, écoles et hôpitaux. Il ne faut JAMAIS être gêné.e.s de demander de l’aide!

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