La semaine dernière, j’ai regardé deux documentaires qui ont brassé beaucoup d’émotions chez moi. Audrie + Daisy et The Hunting Ground. Les deux abordant le sujet très lourd des agressions sexuelles, la loi du silence qui plane sur les victimes, mais aussi le shaming et l’intimidation. 

Au Québec, « 82 % des victimes d’agression sexuelles sont des femmes et près de 90 % des agressions sexuelles ne sont pas déclarées à la police. »

Et, tristement, je fais partie de ces statistiques. À l’âge de 11 ans, j’ai été agressée sexuellement par un garçon de mon école. Durant plusieurs mois. Quand j’ai finalement trouvé le courage de le dénoncer, c’est avec l’aide d’un enseignant que j’ai réussi à le faire. S’en est suivie une rencontre avec la direction et l’expulsion du garçon en question.

J'ai payé cher ma dénonciation. L’année suivante, 6e année du primaire, l’enseignante qui m’a eue dans sa classe s’est fait une joie immense de me rappeler toute l’année que j’étais une menteuse. Que j’avais fait expulser un garçon de l’école pour rien. Que j’avais brisé une vie. Que j’étais en manque d’attention. Ces paroles, je les entends encore dans ma tête. Et elles sont la principale raison pour laquelle ça m’a pris près de 15 ans avant d’être capable d’en parler. Et encore aujourd’hui, bien que je reçoive majoritairement un élan de support et de compassion face à mon agression, il m’arrive d’entendre des choses qui font frémir.

« Pourquoi tu ne t’es pas mieux défendue? »
« Tu ne t’es pas fait violer, c’est moins pire! »

C’est exactement LÀ que les deux documentaires m’ont ramenée. J’ai revécu la honte. La pression de cette loi du silence qui existait et existe encore aujourd’hui. Quand je lis ou entends des victimes dire qu’elles ne veulent pas dénoncer leurs agressions, je comprends pourquoi. Je me demande souvent si j’arriverais à dénoncer mon agression si cela devait encore m’arriver. Le shaming des victimes, ce n’est pas juste aux États-Unis. Ça existe ici. C’est bien présent et bien ancré. Les gens préfèrent victimiser les agresseurs. Les défendre et leur trouver des excuses. Et mettre le fardeau de l’agression sur le dos des victimes. Que nous l’avions voulu. Que nous l’avions demandé. Que nous n’avions pas été claires dans notre refus. Que notre comportement ou notre habillement en était la cause.

En tant que société, je crois que nous nous devons de mieux nous éduquer. Nous devons nous poser des questions : se demander pourquoi et au nom de quoi nous refusons de croire les victimes d’agressions sexuelles lorsqu’elles dénoncent leurs agresseurs. Pour quelle raison nous mettons tant d’énergie à rabaisser et intimider des personnes qui n’ont jamais voulu qu’une telle chose leur arrive. Qui, bien franchement, pourrait vouloir subir ça? Personne.

J’ai passé 15 ans à faire comme si rien ne s’était jamais passé. Si bien que mon cerveau a placé cet événement tellement loin, tellement profond dans ma mémoire, que je n’arrive même pas à me souvenir du prénom ni même du visage de mon agresseur. J’ai passé 15 ans à me mentir à moi-même. À refouler ma colère, mon dégoût. À croire que, du haut de mes 11 ans, je devais avoir cherché d’une façon quelconque ce qui m’était arrivé durant des mois. J’ai passé 15 ans à avoir peur d’en parler à ma famille, mes amis. Cette peur, cette honte, c’est la société, c’est mon ancienne enseignante de 6e année qui me l’ont imposée.

À presque 28 ans, j’ai fini d’avoir peur. Je ne cesserai jamais d’en parler.

*Audrie + Daisy et The Haunting Ground sont tous les deux disponibles sur Netflix. 
 

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