C’était la fête des Pères. Pour l’occasion, Jezebel a eu l’étrange initiative de publier un texte qui parlait de l’attirance sexuelle entre père et fille. Trigger warning.

J’ai passé un bon 15 minutes à regarder le vide, à ne pas savoir quoi penser après la lecture de l’article. À ne pas savoir à qui parler. J’ai senti comme une grosse fourchette aller gratter des choses louches au fond de moi. Parce que je comprenais trop bien de quoi il s’agissait…

J’avais 17 ans. Mon père m’avait invitée à souper chez lui et on a bu. L’alcool a toujours fait partie de sa vie.

Je suis restée chez lui suffisamment tard pour que les autobus ne passent plus. Il m’a a proposé de dormir chez lui et j’ai dit oui, les joues rouges de vin. J’allais dormir dans son lit et lui, sur le sofa.

Il veillait dans la cuisine et j’étais dans le lit. Je me rappelle avoir enfoui mon visage dans ses oreillers pour retrouver son odeur. Je me rappelle m’être tournée dans le lit longtemps, énervée par l’alcool et les sentiments étranges qui me prenaient. Je me rappelle avoir texté mon fuck friend de l’époque parce que j’étais seule et excitée. Et je me rappelle m’être masturbée dans le lit de mon père, parce que j’étais donc contente qu’il soit de retour dans ma vie…

Il ne s’est jamais rien passé entre nous.

Mon père est un cas difficile à résumer. Une personne très charismatique et brillante. Mais dont la personnalité et les comportements se sont toujours dangereusement approchés de la psychopathie.

J’ai souffert le plus gros de mon enfance de sa violence psychologique. Basé ma perspective du bien et du mal sur ce qu’il m’enseignait sur le monde, sur les femmes et donc, sur moi-même. Mon père m’a toujours parlé de sexe d’une manière violente, baveuse. Détaillant ses conquêtes les plus jeunes, commentant les femmes qu’il croisait dans la rue, en prenant soin de les étiqueter comme des « salopes » ou des « matantes ». J’ai longtemps cru que c’était normal.

Je suis partie de chez lui quand j’étais encore jeune. Depuis ce temps-là, c’était toujours le même pattern : on se voit quand ça a l’air de bien aller ou quand je ne peux plus l’éviter. Puis on ne se revoit plus pendant longtemps.

J’ai longtemps espéré qu’il se passe quelque chose. C’est seulement récemment que j’ai réalisé que les rêves érotiques troublants le concernant correspondaient aussi aux périodes où notre relation était meilleure. J’ai refoulé ces sentiments-là pendant longtemps et j’en ai eu très honte. Avant de réaliser finalement que mes idéaux décalés étaient juste le résultat de ma relation avec lui, dominée par la violence et la peur.

Mon cas n’est pas unique. Ça arrive principalement aux jeunes femmes pour leurs pères, dans une situation où le lien parental est quasi inexistant ou néfaste. Mais dans le cas où les choses finissent par se concrétiser, c’est d’autant plus difficile de s’en remettre : c’est de l’inceste, évidemment, mais c’est aussi un viol.

Que ce soit clair : chaque situation de viol est une expérience terrible et tous les cas d’agressions viennent avec leur lot de blessures psychologiques. Mais appelons un chat un chat : dans une situation où un enfant est suffisamment troublé émotionnellement pour éprouver une attirance sexuelle envers son parent, on peut affirmer sans se tromper que l’enfant est incapable de donner son consentement à l’adulte en position d’autorité.

Je ne sais pas si j’en suis totalement remise. Je n’ai pas fait de rêves à son sujet depuis longtemps. J’ai aussi pris davantage de distances depuis cet épisode, et je crois que c’est pour le mieux. En ce qui le concerne, il n’a jamais agi contre moi. Mais j’ai toujours eu du mal à savoir s’il me considérait comme il considérait toutes les autres femmes.

Et c’est une question que je préfère garder ouverte. 

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