En troisième année du primaire, j’étais complètement obsessed avec le livre « Le BGG » - aka Le Bon Gros Géant. Je me souviens que durant plusieurs mois, je renouvelais ce classique de Roal Dahl sur ma carte de bibliothèque de mon petit village, et ce même après l’avoir lu de fond en comble (y compris les pages d’activités à la fin) et avoir loué le film plusieurs fois au club vidéo.

Je faisais des résumés complets de chaque chapitre à ma prof de l’époque, Mme Boucher, même si ça n’avait rien à voir avec un devoir ou une note sur mon bulletin. J’avais juste envie de partager le plaisir que m’apportait cette lecture, sans vraiment penser plus loin.

Un après-midi de tempête, alors que la classe était en période de travail silencieuse, Mme Boucher m’a demandé de la suivre en dehors du local. J’étais assez surprise, parce que ça sortait un peu de nulle part et que je ne me souvenais pas avoir fait quoi que ce soit pour mériter une visite chez le directeur. Je m’imaginais le pire jusqu’à ce qu’on s’arrête, entre deux paliers où il y avait une grande fenêtre. Elle m’a demandé de jeter un coup d’œil dehors et m’a dit qu’en passant devant la fenêtre plus tôt, elle avait vu le vent se coincer entre les murets de l’école, faisant en sorte que les feuilles voltigeaient entre elles et remontaient, un peu comme les bulles dans la boisson du livre dont je lui parlais maintenant chaque jour. On a passé un court instant à regarder les feuilles, sans parler.

Plus de vingt années plus tard, je me souviens encore de ce moment. Pour la première fois de ma jeune vie, je réalisais qu’un adulte m’écoutait véritablement. Et pas juste de manière passive, comme la plupart d’entre eux. Un adulte m’écoutait et accordait de l’importance à ce que je disais, au point qu’un élément de la nature complètement random lui rappelle un tout petit détail d’une probablement trop longue description d’un récit qui me tenait tant à cœur.

Deux années plus tard, je me retrouvais dans une école « de grands » en compagnie de Mme Brault, qui m’avait non seulement permis de faire agrafer mon conte de Noël directement à la photocopieuse du secrétariat parce qu’il était trop volumineux, mais qui avait aussi écrit comme commentaire sur ma copie « Mon auteure préférée! » suite à sa correction. Ça m’a fait le feeling de 28 Noëls combinés dans le ventre quand j’ai lu ça.

Puis, ça a continué avec le secondaire. L’autre jour, dans une vague de nostalgie alors que je jasais avec ma meilleure amie, j’ai ressorti mon « bac à souvenir » et je me suis surprise à être 400% plus attendrie par les mots laissés par M. Lachambre, M. Cousineau et Mme Grenon dans mon album de finissant.e.s que par n’importe quel autre mot de mes comparses de l’époque.

Tout ça pour dire que les enseignant.e.s peuvent faire une différence marquante dans la vie d’un enfant, à tellement de niveaux. On n’y pense pas toujours, mais l’impact d’un commentaire écrit sur une copie peut nous suivre durant des décennies. On m’a encouragé à écrire (trop souvent sans maximum de mots), à m’exprimer et à me définir en tant qu’individu, à l’école plus que nulle part ailleurs.

Merci les profs, vous faites un travail exceptionnel.

Page d'accueil