Il fleurit dans les boutiques en ligne et les commerces de proximité : c’est le cuir végane. Cette matière a fait son apparition ces dernières années, avec l’enthousiasme grandissant autour du mouvement cruelty free. Mais qu’en est-il vraiment de son impact écologique? S’agit-il réellement d’une avancée technologique au profit des animaux et de la planète? Quand on s’intéresse au sujet d’un peu plus près, on s’aperçoit que le cuir végane ressemble fort bien à une opération marketing dont l’industrie de la mode se sert afin de séduire les consommateurs, sans profonde remise en question de ses pratiques.

L’histoire commence un dimanche matin un peu pluvieux. Je traînais sur le site commercial de ma boutique de quartier préférée, comme je le fais fréquemment. Si je l’apprécie tant, c’est parce qu’elle s’engage, parce qu'elle choisit avec soin ses partenaires, et parce que je suis certaine d’y trouver des créations québécoises. En général, seuls quelques kilomètres séparent la boutique de l’atelier de l’artisan et je dois avouer que j’ai une confiance absolue en leur jugement. En bref, je peux magasiner le cœur léger!

Depuis quelques semaines, je lorgne un superbe sac à mains. La description du matériau m’interpelle : cuir végane. Le terme est pourtant flou. Je consulte le site de la marque qui met de l’avant, avec beaucoup de fierté, son cuir fabriqué à partir de bouteilles de plastique. Cela suffit à me convaincre. J’enfile mes souliers en vitesse et me voilà partie. De retour chez moi avec l’accessoire tant convoité, je pars en quête de l’étiquette (une petite manie que j’ai). Elle est bien cachée, mais je réussis tout de même à mettre la main dessus après quelques efforts. Et là, stupeur! Je découvre que seule la doublure est recyclée. Le sac est constitué à 90% de polyamide et autres polymères, garantis neufs, en provenance directe de la Chine. Je m’étais fait greenwasher dans les règles de l’art!

Je finis par me rendre à l’évidence: le cuir végane n’a de révolutionnaire que son nom. Il a suffi de rebaptiser le similicuir pour changer la grimace en sourire. Loin de baisser les bras, je me tourne vers le cuir végétal et, là encore, quelle désillusion! Le terme fait référence au procédé de tannage dans lequel du bois, des écorces ou des racines sont utilisés à la place des traditionnels métaux lourds et autres solvants (atrocement polluants et dangereux pour les ouvrier.e.s). L’amélioration ne fait aucun doute. Cependant, la solution est loin d’être idéale. Dois-je tout bonnement dire adieu au cuir?

Temporairement du moins, et grâce à la science, on peut fabriquer du cuir à partir de fibres végétales comme l’ananas, l’eucalyptus, les champignons et même le kombucha! On parle alors de Piñatex, de Muskin ou d’éco-cuir. Malheureusement, il est presque impossible de les trouver dans le commerce aujourd’hui. Bien que les progrès dans le domaine soient rapides, il va falloir s’armer de patience. Et en attendant que ce jour arrive, j’ai décidé d’allier style et bonne conscience avec des accessoires en osier et en liège! Et peut-être, qui sait, lancer une mode?

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