J’écris ces lignes à froid. Le temps d’avoir absorbé et digéré le surplus d’émotions qui m’étouffaient, à la suite du générique de fin de The Last of Us Part II. Les jeux d’horreur et moi, ça a toujours fait deux. Je pouvais bien apprécier de regarder mon frère jouer à Resident Evil et Silent Hill, mais y jouer moi-même, hors de question! Beaucoup trop stressant, me faire courir après par des zombies.

Ce qui m’a poussée à essayer The Last of Us, ce sont les gens qui disaient que l’histoire était bonne. Que c’était avant tout un jeu d’histoire. Et beaucoup plus un jeu de tactique et de survie que de zombies et de peur. Sortie sur PS3 il y a longtemps, la version remastérisée sur PS4 était rendue à un prix très modique. Go, why not?

Dès les premières minutes, l’ambiance horreur/fin du monde s’installe, mais d’une façon si réaliste… On nous met d’abord dans la peau d’une petite fille, témoin de la fin de son monde tel qu’elle le connaît – tel que nous le connaissons présentement. La seule action qu’a notre personnage est celle d’observer. D’être témoin, impuissante, de la fin du monde, et de sa famille qui tente d’agir pour la protéger, l’emmener le plus loin possible de cette apocalypse.

Si demain, un tel évènement advenait, comment réagiriez-vous? Prendre la voiture pour fuir? Aider ses voisins? Se barricader chez soi? Ce jeu, dans son étonnante sensibilité, explore ces différentes questions, et leurs différentes conséquences... Ce jeu n’a que pour seule prétention de se pavaner dans un réalisme percutant, au fil duquel le joueur est mis face à sa propre force morale, psychologique et physique.

Crédit:IMDB

Oui, il y a les « infectés », mais tout ce qui entoure ce virus et ses conséquences ne pourraient être plus secondaires. Ces monstres ne sont qu’un prétexte à l’installation d’un monde post-apocalyptique dans lequel se construit un récit sur les possibilités de l’amitié, la famille, l’amour, la confiance, et tout ce qui fait de la vie ce qu’elle est. Et tout ce pour quoi nous serions capables de tuer.

Car, bien sûr, les infectés ne sont pas les ennemis principaux. Dans le même esprit que The Walking Dead, la clairvoyance des scénaristes a fait des humains les principaux ennemis de nos personnages. Ceux-là qui auront succombé à l’abus de pouvoir, au vol et au meurtre pour survivre.

Donc, j’ai complété ce premier volet. Je ne m’attarderai pas sur la mécanique de jeu, qui est excellente. Je veux surtout souligner l’excellence de cette histoire finement écrite et élaborée, qui m’a arraché larmes et bouillonnements de rage meurtrière. Au travers de mes heures de jeu, j’ai été émue aussi souvent que j’ai eu envie de tuer celui qui faisait si mal à mes personnages. Mais, le récit, bien qu’il permette au joueur un bon lot de décisions, a sa volonté propre.

Ce qui m’emmène à The Last of Us Part II, et mon nœud dans l’estomac.

J’ai encore les larmes aux yeux.

On peut dire que cette deuxième partie commence à la seconde où la première termine. Ou plutôt, il commence bien avant, alors que le joueur posait des actions pour lesquelles il n’avait encore aucune idée des répercussions…

Excellent jeu. Faire mieux que son prédécesseur déjà largement encensé, c’était inimaginable, mais voilà qu’on y est.

Et ma boule dans l’estomac, je suis prise avec. Autant que je suis prise avec ces questions sans réponse que soulèvent cette œuvre et son univers dans lequel j’évolue, moi, mes proches, et tous ceux que je connais de près ou de loin. Car, oui, c’est moi, et c’est vous. Car c’est tout ce qu’il y a de plus fort et de plus vulnérable chez l’être humain. Du sacrifice de soi à la défaillance morale. Du meurtre sans remords au pardon impossible.

Un univers post-apocalyptique permet de questionner tous les « et si? » possibles. Il permet aussi d’installer des tragédies humaines cruellement banales de par leur fréquence. Car, tout le monde perd quelqu’un, à un moment ou un autre.

Bref, je ne vous conseillerai pas de jouer à ce jeu pour vous péter également ma déprime journalière actuelle. Je vous conseillerai de jouer à ce jeu pour le plaisir de le faire, mais aussi pour nourrir cet abysse insatiable qu’on a tous – plus grande pour certains que d’autres – qui se rassasie à coup d’histoires, de récits, de légendes – à coup d’universels.

P.S. Mention spéciale aussi au fait que ce jeu met de l'avant des minorités culturelles, ethniques et sexuelles en plus de proposer des personnages féminins forts et exemplaires ainsi que des personnages masculins tout aussi vrais dans leur vulnérabilité que dans leur force. Ce jeu, malgré les horreurs qui l'habitent, représente bien toute la diversité du monde dans lequel nous vivons.

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