Ces moments où je n’arrive pas à voir la vie en rose

Crédit photo: Pexels

En tapant mon titre, j’ai tout de suite pensé à Dalida, l’interprète de la chanson « La vie en rose » et je me suis dit à quel point je trouvais ironique que celle-ci se soit suicidée. En effet, quand on pense au suicide, on pense plutôt à quelqu’un qui voit tout en noir et c’était d’ailleurs sûrement son cas au moment de sa mort. En fait, plus je pousse ma réflexion et moins je trouve ça ironique : la réalité est que n’importe qui, même celui ou celle qui a cru aux licornes toute sa vie, peut en arriver par moments à avoir de la difficulté à voir la vie positivement et c’est OK.

 

En toute franchise, je n’imaginais pas du tout en commençant à rédiger ce texte que je vous dirais que c’est OK. J’avais envie de vous dire à quel point je veux juste me débarrasser de cet état qui me ronge de l’intérieur. Il y a de ces matins où je me lève et je me sens comme une personne qui fait son temps en prison : j’avance, telle une automate et je fais mon travail, mais sans passion, sans enthousiasme. Je suis dans le domaine de la relation d’aide et je ne sais même plus si je crois en ce que je fais. J’ai l’impression que la boussole qui me guide dans la vie est brisée; c’est le cas de le dire, je me sens déboussolée. J’ai aussi de la difficulté à savoir quelles sont mes priorités, mes buts, mes rêves. Je me sentais déjà fragile avant la pandémie, mais j’ai l’impression que ça m’a donné le coup final pour m’assommer bien comme il le faut. Ça, et la rupture amoureuse qui s’est produite en même temps. Parfois je me lève le matin et je ne reconnais plus rien de ma vie. Des nuages gris se sont installés peu à peu et donc, même lorsque le ciel est ensoleillé, je sais que le temps ne tardera pas à se gâcher.

 

On pourrait me coller plusieurs étiquettes : dépression, burn-out, trouble d’adaptation, fatigue de compassion, mais on dirait que ce n’est pas ça qui m’importe. À l’instant, en vous écrivant, j’ai réalisé que j’ai énormément de colère qui me ronge : je n’accepte pas d’être dans cet état. Je suis fâchée de ne pas me sentir bien aussi souvent. Bien sûr, c’est normal, personne n’a envie d’être dans cet état parce que c’est loin d’être confortable. Le problème c’est que moins j’accepte d’être dans cet état et plus je m’éloigne de ce qui me ferait sûrement le plus de bien : réellement écouter ce que je vis, même si c’est rempli de tristesse, colère et d’incertitudes/incompréhension et peut-être même d’impuissance. C’est la base pourtant, c’est ce que je fais tous les jours avec mes patients, leur demander d’adresser réellement ce qui se passe en eux, mais je suis pas mal du type « faites ce que je dis, pas ce que je fais ».

 

Eh bien, vous savez quoi? J’avais réellement envie d’écrire ce soir. En fait, ça fait plusieurs mois que j’ai envie d’écrire, car j’adore cela et cette envie ne m’est pas passée malgré mon humeur plus sombre. Cependant, je me retiens depuis un bon bout, car je me dis que tout ce que j’ai à dire est déprimant. Vous voyez, je garde tout en dedans, car j’ai de la difficulté à l’accepter, cet état. Mais ce soir, je crois bien avoir fait un pas. Parfois, c’est en cessant de lutter, en arrêtant de se battre pour étouffer la souffrance, qu’on parvient réellement à se sentir mieux. Je ne vous dis pas que, miraculeusement, demain je vais me réveiller en étant heureuse comme jamais, mais je vous assure qu’en ce moment, je ressens moins de colère et plus de compassion.

 

Mon amie m’a d’ailleurs dit il y a quelque temps qu’elle s’était déjà sentie dans le même état que moi et que ce qui l’avait aidée, c’est justement d’accepter que ce n’était pas sa meilleure période. Je trouvais ça bien beau, mais je trouvais cela plus facile à dire qu’à faire…  Elle m’avait aussi encouragée à écrire, et ce, même si c’était moins joyeux et que la fin n’était pas belle…  Eh bien, merci Dom, tu as été inspirante. Ça m’a pris du temps, mais je l’ai fait. Et là, à la seconde près ou j’écris cette ligne, je me sens émue parce que je reconnecte un peu avec la partie en moi qui croit aux licornes. Elles sont juste en noir et blanc cependant, mais j’ai confiance qu’elles seront bientôt en couleur. Il faut se donner du temps pour aller mieux.

 

Unsplash/ Karen Powers

 

Et vous, qu’est-ce que vous vous retenez de sortir? Quelle est votre partie en colère et/ou triste et comment pourriez-vous lui donner un peu plus de place?

 

 

Vous avez besoin de parler?

Contactez Écoute Entraide au 514 278-2130 (Montréal) ou au 1 855 EN LIGNE (365-4463) (sans frais)

7 jours sur 7, de 8 h à 22 h

Psssttt ! Envoie-ça à ton ami!

PLUS DE NOUVELLES