Chaque fois que je jouis, j’ai envie d’écrire un livre sur l’orgasme. Après, je redescends sur Terre et bon, je me garde une petite gêne. Mais pas aujourd’hui : même revenue à mes sens, j’ai décidé d’en parler. Et si cet article est anonyme, ce n’est pas que j’en ai honte, mais bien pour ne pas mettre parents et ex dans l’embarras. Parce que j’ai eu mon premier orgasme à 28 ans. Sans jamais avoir su que je manquais quelque chose. Et que je ne souhaite ça à personne.

Je n’ai pas perdu ma virginité à 28 ans. Je n’ai pas eu mon premier jouet sexuel à 28 ans. J’ai eu une vie sexuelle active pendant plusieurs années avant ça, sans jamais vivre d’orgasme. J’ai eu du bon sexe, du sexe heureux, du sexe amoureux. Mais voilà, pas d’orgasme. Sans savoir que je n’avais pas d’orgasme, c’est bien ça le pire. Des amies m’ont dit que c’était vraiment triste… moi, je suis surtout bien contente que ça ait fini par venir (lolzzz). J’aurais pu passer à côté encore 28 autres années et ç’aurait été bien pire!

D’où je viens (et à bien des places, aussi), le sexe, c’était un peu tabou. On ne parlait pas de sexe sauf pour dire que ça devait se faire entre deux personnes mariées (bon, ça c’est déjà moins fréquent). Et encore, on ne savait pas trop de quelle façon le faire; que chaque mariage gère son sexe, pour le meilleur et pour le pire. Le sexe solo, lui… on n’en parlait juste pas. Je n’ai jamais eu de conversation sur la masturbation avant l’âge presque adulte et c’était à propos des gars.

La femme et la masturbation, je n’avais sincèrement AUCUNE idée de ce que c’était. Genre, tu te frottes toute seule… et…? Jusqu’à quand? Tu arrêtes quand tu es tannée? Le gars, y’a du jus qui sort un moment donné, mais la fille…? Il se passe quoi? Sérieux, là, je vous livre mes pensées jusqu’à 28 ans. Je n’accordais pas vraiment d’intérêt au plaisir solitaire, en fait, parce que j’avais comme croyance de base que le sexe, c’est à deux, point. Et les personnes seules, ben… je ne sais pas trop, c’est mieux de ne pas y penser; il y avait de quoi de sale dans l’idée de faire ça soi-même.

À 28 ans, par pure curiosité, ennui, hasard, j’ai sorti mon vibrateur (Oui, j’avais un vibrateur! Je savais bien que c’était un objet populaire, mais je comprenais peu l’engouement) et j’ai décidé de voir ce que ça faisait. Toute seule. Je l’ai laissé vibrer à une place fun et j’ai attendu, juste pour voir. C’est devenu intense, éventuellement, et j’ai failli l’enlever de là. Puis, j’ai eu l’idée de génie (un late bloomer génie, honnêtement) de le laisser là, juste pour voir. ET AH. MON. DOUX. C’EST VENU. OH WOW. Sérieux, ça a comme explosé dans ma tête: C’ÉTAIT ÇA! TOUS CES GENS QUI VEULENT DU SEXE, C’EST POUR ÇA!!!! C’EST ÇA QUI REND LES HUMAINS FOUS!!!!

 

Crédit:Crédit: Giphy

Jusque-là, j’avais eu du plaisir sexuel, mais j’avais toujours trouvé que bon, même si ça rapproche un couple, que c’est du love pur, de la vulnérabilité, alouette, c’est un peu overraté, comme plaisir. Soudainement, jackpot, j’avais enfin la finale au bout des doigts et ça devenait soudainement vraiment plus intéressant. Je me souviens, j’avais envie d’en parler à TOUT LE MONDE, surtout à mes amiEs… au cas où une autre serait passée à côté de ça, t’sais!

On dirait qu’un « gars qui se crosse », c’est une image relativement normale. Et on s’attend qu’il se rende à sa finale. Mais une « fxmme qui se doigte », voilà, juste de l’écrire, je me sens sale. Et la finale n’est pas aussi évidente à faire venir.

Il y a toutes sortes de préjugés sexuels rattachés aux fxmmes; qu’elles devraient apparemment moins aimer le sexe, moins penser au sexe, avoir moins de partenaires sexuel.le.s — pour ne nommer que ces trois-là — au risque de passer pour des **mots pas très propres**. Le plaisir solo féminin fait partie de ces préjugés, on dirait bien. Mais comment est-ce possible d’avoir une intimité optimale avec un autre humain si on ne connaît même pas notre propre intimité? Notre propre anatomie?

Je sais pas ce que je brettais à 14-15-16-17 ans, quand j’étais une jeune femme pleine de rêves romantiques, mais je suis passée à côté de manipulations intéressantes qui m’auraient été bien utiles (surtout fun, en fait) dans les années qui ont suivi. C’est un méchant pan de mon éducation que j’ai escamoté là (et dont on m’a un peu privée, en rendant ça tabou)! Parce qu’on ne peut pas compter sur l’humain avec qui on a des rapprochements pour nous instruire, quand même! Pas dans un dossier aussi intime. Tant mieux si ça arrive, tant mieux si les échanges sont éducatifs, mais y’a bien des chances que ça ne se passe pas comme ça… et je me nomme ici en exemple!

Atteindre l’orgasme avec un.e partenaire, après, ça m’a pris encore des mois : je savais à peine comment faire marcher tout ça toute seule, alors à deux…! Par chance, j’avais à ce moment un partenaire qui « s’y connaissait » et qui a pu m’aider à atteindre ce merveilleux point avec lui. J’ai CA-PO-TÉ de vivre ça avec un autre humain pour la première fois. J’étais TELLEMENT reconnaissante (absurdement!) qu’il ait pris le temps de « s’occuper » de moi.

 

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Maintenant, j’ai un bébé neuf. Je suis zéro à l’aise de m’imaginer un jour qu’iel va découvrir sa sexualité; laissez-moi mon p’tit bébé innocent magique, mais je ne veux vraiment pas qu’iel passe à côté de cet aspect de la sexualité. Intime et précieux, oui. Secret et tabou, NON MERCI. C’est une capacité extraordinaire qu’a notre corps de nous faire exploser comme ça de partout! On est conçus pour ça, je ne vois pas pourquoi ça devient plus tabou que toute autre fonction du corps. Il y a un cadre, des valeurs de base et tout ça à transmettre, mais se passer de jouir, ça devrait être un choix éclairé. Pas une erreur d’inattention.

Je suis (relativement) zen avec mon adolescence sans sexe, je comprends ce qui a créé ça, mais je refuse de le perpétrer. Sur ce, je vous laisse, j’ai du retard à rattraper…

 

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