« C’est moi qui fais tout ici, ou quoi? »

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Ça y est, j’ai craqué. J’ai fait ce qu’il ne fallait pas. En tout cas, selon toutes les règles de la communication non violente, j’ai foiré. Je n’en pouvais plus, c’en était assez. J’avais accumulé les frustrations depuis trop longtemps et j’ai explosé. J’ai regardé mon chum droit dans les yeux, la rage au coeur, et j’ai crié: « C’est moi qui fais tout ici, ou quoi? »

 

Ce n’était clairement pas la bonne manière de régler le problème, ça l’a même envenimé, mais c’était plus fort que moi. Après des semaines à tolérer ses traîneries qui s’accumulent partout et à le voir évaché sur le divan du matin au soir (jusqu’à tard dans la nuit), je n’en pouvais plus. Je n’en pouvais plus de lui demander gentiment « peux-tu ramasser tes souliers qui traînent dans le salon » et « peux-tu mettre ta vaisselle sale dans l’évier s’il te plaît » ou encore « pourrais-tu faire une brassée de lavage aujourd'hui ». Je n’en pouvais plus de me réveiller chaque matin et de devoir ramasser et nettoyer pendant une demi-heure juste pour avoir un environnement semi-décent où commencer ma journée de télétravail. Je n’en pouvais plus de devoir faire ça après qu’il m’ait empêchée de dormir une bonne partie de la nuit parce qu’il joue à ses jeux vidéo jusqu’aux petites heures du matin dans notre 3 et demi mal insonorisé. Je n’en pouvais plus de faire tout ça alors qu’en ce moment, je porte seule le poids de notre sécurité financière parce qu’il a perdu son emploi et qu’il n’est pas pressé d’en trouver un autre.

 

Je n’en pouvais plus, aussi, parce que ce n’est pas une situation nouvelle. C’est peut-être nouveau que nous sommes confinés ensemble depuis des mois, mais ce n’est pas nouveau que je suis celle qui nettoie, range, ramasse et frotte sur son passage. Avant le confinement, lorsque nous avions chacun notre travail, je pouvais me convaincre que je m’occupais davantage des tâches ménagères parce qu’il passait plus d’heures que moi au travail. Je pouvais me convaincre que ça avait un sens, même si, au fond, qu’est-ce que ça me donnait de plus, à moi, qu’il travaille plus et qu’il ait plus d’argent dans son compte? Rien. Mais j’arrivais somehow à me convaincre que c’était comme ça que je faisais ma part pour notre couple et que son revenu nous donnait une certaine sécurité et que c’était sa part à lui. Dans les faits, on s’entend, ce n’était pas dans l’argent dans mes poches à moi. Mais je m’égare.

 

Bref, ce n’est pas nouveau, mais je n’en pouvais plus. Le stress de toute la situation ajouté à l’incertitude de la crise actuelle ne me permet plus d’endurer autant d’inégalité et d’injustice dans la répartition de nos tâches. Nous habitons ensemble, nous salissons ensemble et nous devrions ramasser et nettoyer ensemble. Il me semble que ça serait juste logique. Mais bon, il semblerait qu’on ne suive pas tous la même logique.

 

J’ai crié, je n’aurais pas dû, je sais. Mais, pour ma défense, ce n’est évidemment pas la première fois que je mentionnais le problème de la division des tâches. Oui, avant j’acceptais mieux la répartition inégale du lavage, du nettoyage et du ménage, mais le problème a quand même été l’objet de nombreuses discussions de couple dans le passé. Pendant ces discussions, j’ai mis des mots clairs sur ma perception du problème, j’ai parlé au « je », j’ai proposé des solutions, j’ai écouté son point de vue, j’ai été ouverte aux solutions qu’il proposait. Avec quel résultat? Le problème n’a jamais été réglé et j’ai préféré accepter l’inégalité que de continuer à m’obstiner. Et n’allez pas croire que j’ai abandonné après 2-3 discussions; on parle ici d’un nombre incalculable de discussions étalées sur des ANNÉES.

 

Alors, peut-être que vous comprenez mieux pourquoi j’ai crié? Je n’aurais pas dû, mais j’ai crié. Ça n’aura rien réglé, mais j’ai crié. Maintenant, si les discussions ne mènent à rien et que crier ne mène à rien; je fais quoi?

 

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