Je me suis souvent posé cette question : est-ce que je serais différente si je me fichais du regard des autres? J’ai beau affirmer que je ne me soucie pas de ce que les gens pensent, je suis née et j’ai grandi dans un monde régi par des normes sociales m’indiquant ce à quoi je dois ressembler.

Adolescente, lorsque je feuilletais des magazines, je rêvais du jour où je ne serais plus une intello boutonneuse: je serais comme ces filles à la peau de pêche, grande, élancée mais voluptueuse, avec des cheveux longs tombant en cascade sur mes épaules. Rien de moins!

Et en vieillissant, je me suis peu à peu approchée de ce modèle, de cette définition unilatérale de la beauté. Bien sûr, j’ai eu mes moments de révolte : l’année où j’ai décidé de ne plus porter de soutien-gorge (ahhhh le sentiment de libération quand on s’affranchit de ce bout de tissu!), ou le jour où j’ai troqué mes jupes contre des jeans parce que j’en avais marre du double standard des exigences vestimentaires au travail (pourquoi est-ce que je devrais me taper des collants qui piquent et des talons hauts pour avoir l’air professionnel alors que mes collègues masculins passent leurs journées en jeans et en chemise à carreaux, hein, pourquoi?!).

J’ai remis en question, peu à peu, les images qui avaient colonisé mon imaginaire d’adolescente. J’ai choisi de m’habiller en jolie robe lorsque j’en avais envie, tout simplement, tout en sachant que le lendemain, la robe laisserait peut-être place à des chemises amples.  Et je me suis émerveillée devant la force des femmes, belles et uniques, qui présentaient leur vérité en s’affranchissant des diktats sociaux.

Mais je n’avais jamais été libérée complètement du regard des autres. Et puis la pandémie du coronavirus est arrivée, nous reléguant presque tous à la maison, loin des yeux de nos collègues, amis, voisins. Est-ce que ça a changé quelque chose à mon apparence? Si j’étais si libre de mes choix avant, logiquement, rien n’aurait dû changer en étant confinée chez moi, non?

Et pourtant, oui, beaucoup de choses ont changé. Une fois passée l’envie de traîner habillée en mou toute la journée, j’ai recommencé à m’habiller pour faire du télétravail. Et j’ai réalisé que je ne portais plus la plupart des vêtements que je porte normalement pour aller au boulot. Ce chandail-là? Trop serré. Celui-ci? Vraiment joli, mais ses coutures me piquent. Ce pantalon-là? Pas assez confortable. Cette robe-là? Je la mettrai avec plaisir cet été, mais en ce moment, il faudrait que je la porte avec des collants, et au fond, je DÉTESTE porter des collants.

Si je ne me sens pas bien dans ces vêtements, pourquoi est-ce que je les portais si souvent? Chaque matin, je décidais d’enfiler ce chandail dont la laine m’irritait la peau, ce pantalon un peu trop serré ou inconfortable. Je n’étais pas aussi affranchie du regard des autres que je le croyais.

Dorénavant, chaque jour, je redécouvre le plaisir de ne porter que des jeans et des t-shirts simples. J’ai osé demander à ma fille de me couper les cheveux. Courts. En glissant mes doigts dans mes mèches rebelles, je me sens tellement libre!  Le seul regard qui m’importe désormais, c’est le mien. Et j’espère que ça durera. Coronavirus ou pas.

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