17h07. Je soupire, puis je continue de scroll down mon fil d’actualité Instagram. Mon index fait glisser les publications vers le haut de manière passive et ennuyée. Je suis couchée dans mon lit — où bon pourrais-je aller?

Mon corps presque entièrement immobile trahit la tempête qui fait rage en moi. Je like quelques publications, par ci et par là, sans trop vraiment m’y arrêter. Ma tête est ailleurs. J’ai envie de crier, de frapper tout ce qui m’entoure, puis de pleurer, pleurer toutes les larmes de mon corps. Parce que j’étouffe.

J’étouffe, confinée chez moi, alors que mon arrêt maladie, qui dure depuis maintenant plus de 2 ans, avait déjà restreint plusieurs de mes activités.

J’étouffe à penser au fait que ni ce soir ni la semaine prochaine ni celle d’après ou celle d’après-après, je n’aurai mon cours de cirque aérien. Bien que je ne l’aie pas réalisé avant la suspension des cours, cette discipline qui me passionne tant est l’une des seules choses qui m’aidaient à tenir le coup, à enfiler semaine après semaine malgré les embûches et le désir de tout lâcher.

J’étouffe entre ces 4 murs avec tous mes troubles de santé mentale. Ils prennent pas mal plus de place qu’en offre ma maison. Le matin, je me réveille à côté de la dépression qui me fout la lourdeur de la quarantaine au visage. Je descends et vais partager mon déjeuner avec mon trouble alimentaire qui me culpabilise pour chaque bouchée que je peine à avaler.

Quand je tente de faire un plan de ma journée, l’anxiété prend le dessus et me rappelle que je suis confinée, que je n’ai nulle échappatoire, que je suis prise avec mes pensées et mes démons. Et ce ne sont que quelques exemples…

J’étouffe, noyée dans l’incertitude quant aux mesures à prendre ou non en lien avec la fameuse COVID-19. Après tout, j’ai quand même passé 9 mois en thérapie (et dépensé près de 2160$) pour un TOC (trouble obsessionnel-compulsif) de contamination. Je commençais tout juste à être moins envahie, à faire des progrès…

J’étouffe et toutes mes sources d’oxygène semblent à sec. Pis c’est dur en criss. J’ai les épaules basses, à porter non seulement une crise sanitaire mondiale, mais le poids de tous ces enjeux reliés à la maladie mentale.

La maladie mentale et les dommages collatéraux d’une pandémie. Je veux bien demeurer chez moi pour protéger les personnes vulnérables, mais j’avoue que je ne pensais pas qu’une simple quarantaine serait si chère payée… J’étais loin de croire que tout ça, toute cette histoire de pandémie et de distanciation sociale, durerait aussi longtemps.

Et je sais que je suis chanceuse, que je ne suis pas atteinte de la COVID-19, que je n’ai pas de souci financier, que je vis dans une grande maison et que mes deux psychologues ont trouvé des solutions pour poursuivre notre suivi et m’épauler du mieux qu’elles peuvent. Je sais que je ne suis pas à plaindre.

Mais j’ai mal, j’ai profondément mal. Et j’ai besoin d’en parler. Parce que je sais que même si je suis considérée chanceuse dans le contexte, ma souffrance est valide.

J’ai aussi besoin d’en parler pour toutes les personnes qui voient aussi leurs difficultés en santé mentale s’amplifier par mille. J’ai besoin d’en parler parce que je sais que l’isolement crée une sorte de vide autour, comme si soudainement, on flottait dans le néant.

Je veux que ma voix rejoigne les personnes qui, comme moi, voient leurs progrès s’envoler à une vitesse qui ne rend certainement pas justice à tous les efforts mis dans leur rétablissement.

Je veux crier à toutes les personnes qui souffrent psychologiquement en ce moment de ne pas lâcher. Je veux crier fort, si fort.

Qui sait, peut-être que j’entendrai mon écho en retour.

Vous avez aussi une histoire à partager? Écrivez-nous au info@tplmag.com

 

Ton Petit EXTRA

Avec ou sans problème de santé mentale, le confinement peut être difficile à vivre. Heureusement, il existe quelques astuces simples pour que ça se passe un peu mieux. Prenez soin de vous!

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