Traumavertissement : ce texte traite de sujets sensibles et fait référence à des meurtres et à des agressions sexuelles.

Une autre histoire absolument horrible s’est produite récemment, un autre meurtre, une autre vie perdue, alors que la jeune Océane Boyer était sauvagement assassinée le 27 février dernier. Vraisemblablement par un ami de la famille en lequel elle avait confiance. Un autre FÉMINICIDE.

L’année est commencée depuis à peine plus de deux mois que ce cas sordide vient s’ajouter à plusieurs autres histoires tout aussi tragiques, comme celle de Marylène Levesque, tombée aux mains d’un récidiviste ayant déjà tué sa conjointe plusieurs années auparavant.

On pourrait également nommer le triste sort qu’a subi Noémie Lavoie aux mains de son conjoint l’année précédente, qui a refait surface dans l’actualité récemment.

Je pourrais continuer encore un moment, mais vous comprenez déjà que ce ne sont pas les exemples tragiques qui manquent.

Au Canada en 2018, un FÉMINICIDE a eu lieu tous les 2,5 jours. Des 148 femmes assassinées cette année-là, 90% d’entre elles ont été tuées par des hommes et, dans la grande majorité des cas, par des hommes qu’elles connaissaient et avec qui elles avaient une forme de lien de confiance, comme un conjoint ou un ex-conjoint, un membre de la famille ou une figure d'autorité.

C’est ici qu’entre en jeu l’importance des mots. Ces actes absolument abjects ont une dimension particulière qui les distingue des autres meurtres, ce sont des FÉMINICIDES. La vie de ces personnes leur a été arrachée de façon prématurée dans la plupart des cas pour une raison bien spécifique : parce qu’elles étaient des femmes.

Un homme peut perdre la vie dans un règlement de compte, dans une bagarre ou être assassiné parce qu’on veut lui voler son argent ou ses biens, mais se faire assassiner seulement en fonction de son genre? Parce qu’on voulait avoir le contrôle sur son corps (dans ce cas-ci, ça voudrait dire spécifiquement parce que c’est un corps d’homme) ou encore sur sa personne? C’est un scénario qu’on n’entend à peu près jamais aux nouvelles.

Pourtant, c’est la raison principale pour laquelle les femmes sont assassinées. Parce qu’elles étaient femmes. Parfois c’est parce qu’on a voulu s’approprier leur corps, l’agresser sauvagement pour assouvir des pulsions malsaines pour ensuite s’en débarrasser. Parfois, c'est parce qu’un conjoint ou ex-conjoint voulait avoir le contrôle absolu sur leur vie; un contrôle absolu qui se traduit par la mort.

Le fait que dans plusieurs médias, on puisse parfois lire des phrases traitant de ces événements comme « d’un drame familial » ou encore « d’un crime passionnel » est à mon avis une aberration et un manque de respect envers les victimes et leurs familles. Ces termes masquent une partie de la réalité, atténue le geste qui a été posé et passe à côté de l’aspect principal de la cause de ces crimes. Ce sont des FÉMINICIDES. Apparemment, les médias en Espagne ont compris l’importance de cet enjeu et ont mis en place des mesures afin que le discours des médias change et que l’on traite de ce sujet avec la gravité, le sérieux, et l’angle particulier que cela demande.

Par chez nous, des mobilisations ont été entreprises dans les derniers mois afin de dénoncer la violence faite aux femmes et de demander plus de ressources au gouvernement afin d’aider les victimes. Celui-ci semble réceptif et mettra en place un plan d’action, visant notamment à augmenter le financement des maisons d’hébergement.

C’est un pas dans la bonne direction; les victimes de violence conjugale ont besoin de tout le soutien possible. Par contre, on oublie trop souvent qu’il n’y aurait pas de victimes sans agresseurs. Pour régler le problème à la source, il ne faut pas oublier de s’occuper des facteurs qui amènent des hommes - des hommes qui sont parfois nos amis, nos collègues, des membres de notre famille - à devenir violents envers les femmes.

Parce qu’un FÉMINICIDE n’arrive pas sans signes avant-coureurs et est précédé d’une escalade de la violence, osons dénoncer la violence « quotidienne » comme la violence verbale et les menaces par textos. Cessons de la banaliser. Osons intervenir auprès des hommes de notre entourage (encore plus si nous sommes nous-mêmes des hommes) qui gèrent mal leurs émotions, qui ont des problèmes d’agressivité ou qui vivent de la détresse psychologique, avant que ceux-ci ne se mettent à poser des gestes violents. Osons leur parler des ressources d’aide qui existent et si, malheureusement, ceux-ci en viennent à poser des gestes regrettables et violents, osons les confronter et les dénoncer.

Sensibiliser les gens sur la violence faite aux femmes et intervenir auprès des hommes violents avant qu’ils ne commettent un geste irréparable, c’est aussi ça, l’importance des mots.

Ressources pour femmes vivant de la violence conjugale ou ayant peur pour leur sécurité :

S.O.S. violence conjugale : ligne d'écoute disponible 24h sur 24, 7 jours sur 7  1-800-363-9010

Regroupement des maisons pour femmes victimes de violence conjugale  (514) 878-9134

Fédération des maisons d'hébergement pour femmes (514) 878-9757

Centres d'aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel (CALACS) (514) 529-5252

Institut national de santé publique Québec (pour plus de ressources spécialisées)

Ressources pour hommes violents ou en difficultés :

Service d'aide aux conjoints ''simplement sans violence'' , aide aux hommes en difficultés conjugales (514) 384-6296

À coeur d'homme : réseau d'aide aux hommes pour une société sans violence

Entraide pour hommes : aide aux hommes en difficultés ou en situation de violence conjugale

Centre de ressources pour hommes de Montréal : Écoute, entraide et référence (514) 355-8300

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