Je voulais faire la fête avec mes amies et j'ai été violée [PARTIE 1]

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TRAUMAVERTISSEMENT: Récit d'agression sexuelle/ Viol

 

Ça devait être une parfaite soirée; on allait danser, boire, s’en foutre... le « girls night out » de célibataires parfait pour la veille de la Saint-Valentin! Mais à cause de toi, ça ne s’est pas passé comme ça. Pis je t’en veux. Pis j’ai plein de questions. Pis j’ai plein de critiques. Alors j’ai décidé d’écrire, comme c’est ce que je fais d’habitude, pour cracher tout le méchant. 

Je me réveille un peu perdue. Je regarde autour, je suis encore dans le bar. Je baisse les yeux, j’ai les pantalons baissés et je saigne. Je ne sais pas ce qui vient d’arriver... Je suis à côté des toilettes derrière des paravents. Je me lève de peine et de misère, je me dirige vers le vestiaire et je pleure, je crie que je veux mes amies. La fille qui est là me fait entrer dans la section arrière et m’assoie sur un banc. Qu’est-ce qui s’est passé? Et là, je le dis un peu machinalement, et sans mesurer la pesanteur de mes mots: je me suis fait violer. Elle me regarde, longtemps.

Puis, je sens toute la peine et la compassion dans son regard. Fille du bar, je ne connais pas ton nom, je me souviens de ta face, pis merci encore tellement. On se demande où est mon sac, on ne le trouve pas... Je lui mentionne le nom des amies avec qui j’étais, elle finit par rejoindre une d’entre elles sur Facebook. Elles sont parties en pensant que j’avais « un bon moment » avec un gars.

La merveilleuse employée m’appelle un taxi et s’assure avec mon amie que je la rejoindrai et que je pourrai être en sécurité. Quel nice être humain. J’arrive chez mon amie et je m’effondre; je pleure, je pleure. Impossible d’identifier le gars, d’expliquer clairement ce qui s’est passé. Je décide après beaucoup de larmes de rentrer chez moi. Je veux dormir dans mon lit, je veux être dans mes choses. Mon amie me demande de rester, elle ne sait pas trop quoi faire (elle-même un peu en état d’ébriété). J’insiste tellement qu'elle finit par céder et m’appelle un taxi. Je n’ai toujours pas mon sac, mon cell ni mon porte-feuille. Mais je veux dormir chez moi. Je veux dormir, point. Je m’en vais alors et je m’assoupis dès que j’appuie la tête sur l’oreiller. Je ne savais pas encore ce qui m’attendait dans les prochains jours. 

Je me réveille amochée, avec un goût amer dans la bouche, j’ai soif. Tellement soif. Un lendemain de veille ordinaire, me dis-je... Et sans crier gare, ça me frappe de plein fouet. Un coup de poing dans le ventre. Une égratignure sur le cœur. J’ai les jambes molles. Je ne peux pas être debout. Je m’assois sur ma chaise de cuisine. J’ai subi une agression sexuelle, que je dis à haute voix. Ma voix est brisée, les sanglots repartent. Je me dirige de peine et de misère vers la douche. Je la fais partir, le jet puissant sur ma peau m’apaise. Pour un court instant. J’attrape le savon et je frotte. Je frotte tellement fort que ma peau devient rouge. Je frotte, je frotte et je pleure à gros sanglots.

Je veux laver la soirée d’hier. Je me sens sale. Je me sens souillée. Mais le savon n’y fait rien. J'arrête la douche, je retourne dans mon lit. J’allume mon ordinateur directement sur Facebook. J’ai au moins 10 messages; mes amies d’hier, des gens que je ne connais pas, ma soeur. Mon amie m’informe qu’elle est allée chercher mon sac; il y a mon cell et mon porte-feuille, je n’ai rien perdu. C’est toujours ça, j’imagine. Elle veut des nouvelles. Tout le monde veut des nouvelles. Je veux qu’on me laisse tranquille. J’ai mal au corps, j’ai mal à l’âme. Plus tard, je l’avoue à ma soeur. J’ai besoin de le dire à un autre être humain, à jeun et en connaissance de cause. 

Elle est outrée, elle est fâchée, elle a de la peine, elle veut frapper. La réaction à laquelle je m’attendais. Elle me demande si j’ai besoin que quelqu’un vienne chez moi. Je veux qu’on me laisse tranquille. Je suis une personne qui vit toujours sa peine avec les autres, ultra ouverte sur ses émotions, qui parle beaucoup et pour une raison qui m’échappe ce matin-là, je voulais être toute seule. Je n’avais pas envie qu’on me parle et encore moins qu’on me touche. Je voulais vivre ma peine. Je voulais assimiler les coups toute seule. C’est la Saint-Valentin, mon feed me dégueule avec son trop-plein d’amour pis moi, hier, je me suis fait violer. Bonne fête de l’amour. J’écris à ma maman: j’ai besoin de venir passer quelques jours dans le nord. Pas de problème, mais elle s’inquiète. Qu'est-ce qui s’est passé hier? Ça va? T’as trop bu? Moi: oui. C’est juste ça...

Quand j’arrive, mes parents m’attendent au métro: « Tu as l’air fatigué... » Si tu savais, mom. On doit arrêter dans un magasin de cuisine. On s’arrête. Je débarque pour accompagner ma mère. Elle me demande de raconter ma soirée. Je n’ai pas envie. Voyons? Je dis tout à ma mère. Tout le temps. Sur tout.

« C’était pas le fun pour moi, cette soirée-là... »

« Bon. Qu'est-ce que t’as encore fait? »

Ça m’a frappé comme un ouragan.

J’ai crié : « C’EST PAS MOI. J’AI RIEN FAIT, J’ME SUIS FAIT VIOLER. »

J’ai eu le temps d’entendre HEIN? J’ai couru vers la sortie. Je manquais d’air. 

Je venais de cracher dans la face de ma mère que son bébé avait vécu ça... Mon père était dans un autre magasin et il est venu rejoindre ma mère peu après. Pendant ce temps, je suis dehors à côté de la voiture et j’essaie de respirer normalement. J’entends quelqu’un crier mon nom avec désespoir à l’autre bout du stationnement. Mon papa. Je me retourne, il court. Il accourt vers moi. Il me sert tellement fort que j’ai mal, mais je ne dis rien. Il pleure. Des grosses larmes. Mon père ne pleure jamais. Mon père ne me fait pas vraiment de câlins. Là, je vis le moment le plus émotif que je n’ai jamais vécu avec mon père. Je m’effondre littéralement dans ses bras. Je noie son manteau dans la morve et les larmes.

J’ai 4 ans, je suis dans ses bras et rien ne peut nous atteindre.

 

[La suite de ce témoignage sera publiée demain.]

 

Besoin d'aide?

Vous pouvez contacter sans frais Le Regroupement québécois des centres d’aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel (RQCALACS) au 1-888-933-9007.

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