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Toutes ces fois où je ne l’ai pas cherché [PARTIE 2]
Crédit Unsplash

TW/ Mise en garde: Ce témoignage comporte des récits d’agression sexuelle et de viol.

 

Ce témoignage comporte 2 parties; vous pouvez lire la première ici.

J’avais 22 ans…

J’avais 22 ans. Nous avons décidé de sortir. Tu avais invité ton ami, même si tu savais que je ne l’appréciais pas. Je le trouvais imbu de lui-même. Il se prenait pour un autre et disait haut et fort qu’il pouvait avoir n’importe quelle fille. Il ne m’impressionnait pas. Je me suis dit que je pouvais lui laisser sa chance. Nous sommes allés dans un bar de danseuses, L’Extase.

C’était un mercredi soir. Je travaillais le lendemain. Je t’ai dit que nous pourrions sortir, mais que je partirais tôt et que je ne prendrais qu’un verre ou deux. Après notre arrivée au bar, nous avons pris place à une table puis nous sommes allées aux toilettes ensemble où nous avons un peu discuté avant de retourner à notre place où ton ami nous attendait. Tu étais séparée depuis très peu de temps et j’étais là pour t’apporter mon soutien moral puisque tu n’étais pas dans ton assiette.

Lorsque nous sommes revenues à notre table, des shooters que ton ami avait commandés nous attendaient. Je me souviens d’avoir bu mon verre. Je me souviens du numéro d’entrée de la fille qui a commencé à se dévêtir sur la scène puis c’est le blackout complet.

Ensuite, je me sens revenir à moi-même soudainement. Comme si la lumière, l’air et le monde m’apparaissaient à nouveau soudainement. Un peu comme si je sortais la tête de l’eau après avoir retenu mon souffle trop longtemps. Je suis nue, couchée sur un divan dans un salon d’appartement. Ton ami est dans la cuisine, nu, en train de sniffer une ligne de coke. Je ne comprends pas comment je suis arrivée là. Il revient vers moi et me donne un vibrateur. Il me demande de me caresser avec pendant qu’il regarde. Je lui dis ne pas être à l’aise. Je n’ai aucune idée de ce qui s’est passé et j’ai honte d’être là, entièrement exposée devant lui. Je me dis que je vais jouer le jeu pour ne pas perdre la face davantage puisque je n’ai aucune idée de ce qui s’est produit.

Je me souviens qu’avant de quitter son appartement, il m’a dit « je l’avais dit que je t’aurais toi aussi ». Par la suite, je t’ai questionnée sur cette soirée. Tu m’as dit ne pas savoir ce qui m’a pris, que j’étais saoule, que tu avais pleuré à cause de ta séparation et que j’avais l’air de ne pas m’en soucier. Tu m’as dit que je suis partie dans ma voiture avec ton ami et que c’est lui qui nous conduisait.

Je te dis n’avoir absolument aucun souvenir. J’ai dit ne pas comprendre parce que je n’avais pas bu plus que toi. Je t’ai dit avoir eu un blackout. Je t’ai dit ne pas comprendre pourquoi je serais partie avec ton ami puisque je le trouve insignifiant. Tu as fait comme si ce n’était pas important. Je n’ai pas insisté. Je l’ai revu par la suite. Je me disais que de cette façon, je me rendrais peut-être compte de ce qui m’avait donné envie, ce soir-là, je trouverais peut-être une sorte de réponse. Malheureusement, je n’ai jamais trouvé cette réponse.

J’avais 23 ans…

J’avais 23 ans. Nous étions au bar le Corsaire avec plusieurs amis pour l’anniversaire d’une d’entre eux. Au milieu de la soirée, la fêtée s’est querellée avec son ex. C’était le drame. Ça a beaucoup refroidi le party et nous sommes parties. Nous avons appelé des taxis. Mes parents étaient en vacances; il n’y avait donc personne à la maison. Nous y sommes allés à quatre, dont un couple.

Je leur ai dit qu’ils n’avaient pas le droit d’avoir de relations sexuelles dans le lit de mes parents et que je leur prêtais ma chambre. Tu m’as demandé si tu pouvais dormir avec moi dans la chambre de mes parents. J’ai accepté. Je me suis couchée entièrement habillée sur le dessus des couvertures et je me suis endormie presque instantanément.

Pour moi, c’était clair que si mes amis n’avaient pas le droit d’avoir de relations sexuelles dans le lit de mes parents, je ne le ferais pas non plus. Je n’ai pas cru bon de te le préciser en acceptant de partager le lit avec toi. Nous n’avions d’ailleurs jamais eu de rapprochement, donc je ne vois pas pourquoi je te l’aurais précisé. À un moment, je me suis réveillée parce que j’étais dérangée dans mon sommeil.

Tu avais la main dans ma culotte. Je me souviens qu’à ce moment, je me suis dit « Pas un autre. Ça y est, c’est ce que tout le monde attend de moi » et j’ai agrippé ton pénis. Il était sorti de tes pantalons et en érection. J’ai fait deux mouvements de va-et-vient puis je me suis dit « Pourquoi? Je n’ai pas envie de cela » et j’ai arrêté.

Je me suis retournée sur le côté, dos à toi. J’ai continué à dormir. Nous n’en avons jamais reparlé et je n’en ai parlé à personne par honte et gêne. Encore une fois, je croyais ne pas avoir été claire. Je croyais que j’avais cherché cela d’une manière ou d’une autre. Je me suis dit que tous les gars devaient être comme cela et que les choses se passaient ainsi. Pourtant, la question devrait être « À quel moment as-tu eu mon consentement? » et non « Ai-je été assez claire? »

J’avais 23 ans…

J’avais 23 ans et je t’ai rencontré. Tu étais respectueux. Tu étais à l’écoute. Tu étais patient. Tu n’as jamais tenté de me toucher sans que je ne t’y autorise. Tu étais parfait. Tu es encore parfait. Tu m’as appris le respect. Tu m’as appris que je pouvais être respectée et me respecter.

Tu m’as appris que j’avais beaucoup plus à offrir qu’une belle poitrine et du bon sexe. Tu m’as appris à être en paix avec moi-même. J’ai appris et j’ai enfin cru que les choses pouvaient se passer différemment.

J’avais 31 ans…

J’avais 31 ans. J’étais enceinte de notre deuxième enfant. Nous ne voulions pas connaître le sexe de ce bébé. Je suis tombée sur le texte d’un blogue partagé sur Facebook.

Tu racontais t’être fait droguer dans un bar et avoir été agressée. Tu racontais que des gens avaient assisté à certaines scènes et avaient simplement cru que tu étais une fille facile qui baisait avec un inconnu dans les toilettes de bar. Tu décrivais certains flashs de ta soirée, que tu marchais et que tu n’étais pas simplement couchée sur le sol, incapable de bouger, comme on nous présente les effets de la drogue du viol.

J’ai compris à ce moment et j’ai pleuré. Ton texte a fait ressortir plusieurs événements refoulés en moi. J’ai su que je n’étais pas seule et que cela arrivait probablement à plusieurs femmes, régulièrement. Que plusieurs, comme moi, devaient ne pas comprendre ce qui leur arrivait. Qu’elles ne savaient pas comment gérer ou à qui en parler et comment en parler.

Puis, j’ai eu peur. J’ai eu peur que mon bébé qui grandissait en moi soit une fille. J’ai eu peur qu’elle vive seulement la moitié de ce que j’ai vécu. J’ai angoissé à l’idée d’avoir une fille et de la voir grandir entourée de garçons et d’hommes qui la désirent de la mauvaise manière.

La conclusion de ton texte était qu’il fallait en parler le plus possible. Je ne sais toujours pas comment en parler alors je l’écris. Si je peux toutefois aider une seule personne suite à cette lecture, ce sera mission accomplie tout comme ton texte m’a aidée à comprendre.

Enfin, nous avons eu notre bébé. C’était un deuxième garçon. Je me suis sentie soulagée puisque je savais que nos deux garçons seraient de bonnes personnes et, surtout, respectueux. Ils auront de bonnes bases, les tiennes et les miennes.

Parlez à vos filles. Parlez à vos garçons. Ne laissez pas de non-dits, mais surtout, il faut parler du consentement, du respect de soi et du respect des autres. De l’éducation doit être faite sur le sujet. Cette notion est beaucoup trop abstraite pour beaucoup trop de gens. Si la réponse n’est pas claire, c’est que c’est non.

Parlons-en le plus possible.

 

Pour savoir quelles ressources et quels organismes d’aide aux victimes d’agression sexuelle sont disponibles dans votre région, consultez le site du gouvernement du Québec.

Vous pouvez aussi consulter le site du Regroupement Québécois des Centres d’Aide et de Lutte contre les Agressions à Caractère Sexuel (RQCALACS) et composer le 1-888-933-9007 en tout temps et sans frais pour obtenir de l’aide.

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