Le 20 décembre dernier, à Los Angeles, My Chemical Romance - l’une des formations les plus mainstream de la première décennie des années 2000 - s'est réuni pour la première fois en 7 ans pour lancer une série de spectacles. Le retour de ce groupe emo m'a poussée à me questionner: 20 ans plus tard, que retient-on de ce genre musical mal-aimé ou, à tout le moins, souvent incompris?

 

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Happy Holidays from us to you. It’s really nice to be back. Photo by @amandavey.art

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Ayant une préférence pour le punk/rock et le hardcore, mais étant aussi fan de My Chemical Romance, j’ai longuement réfléchi sur le genre musical emo, ce qui m'a menée à lire le livre de Taylor Markarian, From the Basement: An History of Emo Music and How It Changed Society.  Ce livre m'a permis de contextualiser l’émergence du emo et de comprendre pourquoi, au départ, ce genre était si polarisant.

 

 

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Les groupes de musique interviewés dans cet ouvrage expliquent pourquoi leur musique était confrontante à plusieurs niveaux. D’une part, parce que le emo ébranlait la conception stéréotypée de la masculinité (exemple: les hommes ne doivent pas exprimer d’émotion pour être de « vrais » hommes): « Emo and screamo bands didn’t want to fake a socially contrived sense of masculinity; they wanted to convey true emotions exactly as they were. » (Source: From the Basement: An History of Emo Music and How It Changed Society)

D’autre part, cette musique renvoyait à notre propre relation à nos émotions: « Human have maintained pretty poor relationships with their emotions for as long as they’ve had them. It’s hard for many people to look their emotions square in the eyes. So the word “emo” is intrinsically problematic because emotions themselves are intrinsically problematic. To control that fear, people gave it a name: Emo. » (Source: From the Basement: An History of Emo Music and How It Changed Society)

 

Mais qu’est-ce que le emo, au juste?

Le emo n'a pas de définition à proprement dit. En bref, il réfère généralement à des groupes du début des années 2000 comme Taking Back Sunday, The Used, Hawthorne Heights, Silverstein, etc. dont les textes étaient très introspectifs et mettaient l’emphase sur les émotions (et dont les membres portaient beaucoup de eyeliner).  Le style musical s’apparentait à une branche (cousine très éloignée) de la musique punk, mais en étant beaucoup plus mélodique.

Il est difficile de dire si le emo se définissait par le style musical des formations, les thématiques abordées dans les chansons, ou à un style vestimentaire particulier, parce que les groupes eux-mêmes ne s'identifiaient pas comme emo. Ils pouvaient être complètement différents sur tous ces points et quand même se faire tous catégoriser d'emo (exemple: Dashboard Confessional versus Sense Fail). Or, même s'ils se faisaient souvent reprocher leur manque d’originalité dans leurs textes (avec la thématique récurrente du mal-aimé), ils parlaient sans tabou de santé mentale, de dépression, d’addiction et affirmaient sans gêne  :  It’s ok to not be okay.

La fin de la culture de l’intériorisation

Ce que je retiens du emo, c'est une volonté de briser le silence et l’isolement et de faire face à nos émotions pour mieux vivre - ensemble - les jours difficiles. Comme chantait My Chemical Romance dans Skylines and Turnstiles: « You’re not in this alone, Let me break this awkward silence. »

20 ans plus tard, je pense toujours que  j'écoute de la musique principalement parce qu’elle renvoie à des émotions, peu importe son genre.  Évidemment, il y avait des groupes moins bons musicalement et même risibles tellement ils étaient une caricature du genre, mais comme a dit Aaron Gillespie d'Underoath: « So enough of mincing words. Let’s talk about goddamn music. »

Que retenez-vous du emo?

NDLR: Le style emo a en fait émergé dans les années 80, mais a été popularisé au début des années 2000. Le style en soi a donc plus de 20 ans, on en convient, mais notre collaboratrice fait la rétrospective de sa propre découverte du emo et non pas de son historique en général.

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