Panama, 2014.

Fraîchement débarquée au pays avec ma chum, nos lobes perçoivent déjà les quelques bribes de l’aventure en voilier à ne pas manquer. Tellement qu’on change nos plans de voyage, en mode FOMO ouvertes au gré des opportunités.

On se déniche donc deux places sur un navire mettant les voiles à El Porvenir au Panama, naviguant vers les îles San Blas des indiens Kunas et s’amarrant finalement à Carthagène en Colombie. Un p’tit trip de 3-4 jours pour goûter à l’insouciance de nos 23 ans au paradis. 

Jour J, après une ride de jeep n’en finissant plus, le cul en compote d’une chaussée aux trous béants pires que nos nids de poule au printemps, on arrive au port. Un dénommé Sebastián un peu chaudaille nous accueille sur son minuscule voilier. On a déjà vu plus fiable en qualité de capitaine, mais on décide tout de même de faire confiance à notre nouvel ami aussi tipsy que funny.

Ça y est, on est partis, ma chum et moi, trois autres touristes, notre capitaine et son bébé chien. Le soleil brille de mille feux, la brise embrasse nos cheveux encore plus mêlés que salés et le décor est juste pas croyable. Naturellement, après quelques heures de doux farniente à faire la crêpe sur une première île du paradis, on commence à avoir une tite soif d’eau. Hélas, Sebastián a oublié son butin: aucune trace de la précieuse boisson sur sa barque. 

Gearées de notre épiderme vermeil, on voit tranquillement apparaître les symptômes d’une insolation fulgurante. Malheureusement, on n’aura pas droit au luxueux traitement chambre-d’hôtel-climatisée-Gatorade-les-lumières-fermées. Mais heille, on est en vacances, y’a pire que ça dans vie. 

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San Blas, Panama 🇵🇦

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Toujours est-il qu’on visite pendant 2-3 jours des îles caribéennes dignes de Gilligan, qu’on mange du poisson grillé pêché quelques instants plus tôt et qu’on admire la pléthore d’étoiles au-dessus de nos têtes la nuit venue. On se dit que crisse qu’on est chanceuses de vivre ça pareil. 

Éventuellement, on commence à songer à se rendre en terre colombienne. Ça fait qu’on met les voiles en ce sens, mais bien vite, on se rend compte que le vent n’est pas trop trop de notre bord. On n’aura pas le choix de mettre les moteurs pour nous aider un peu. Naturellement, Sebastián a AUSSI voulu sauver sur le gaz oublié l’essence. 

Crédit : GIPHY

Ça fait qu’on navigue pendant des jours à ma vitesse lorsque j’ai pas pantoute envie de jogger. Les vagues d’une force inouïe font aller le bateau dans tous les sens. Tellement qu’on ne peut rien se cuisiner, à part quelques beurrées de beurre de pinottes lors de ces rares moments où on n’a pas trop envie de gerber. Pendant ce temps, notre capitaine, qui en a vu d’autres, s’enfile les joints et les shots de rhum en mode repeat. Simultanément, son bébé chien se soulage la vessie et le fessier everywhere sur le minuscule bateau. Du joli. 

D’ailleurs, Sebastián n’a pas fait le ménage de son navire depuis ’97. Ça ne lui disait pas de bricoler non plus au vu d’une toilette pas flushable, du GPS out of service et d’un walkie-talkie d’urgence qui avait décidé de quitter l’aventure depuis longtemps. Une journée, on va à 0 kilomètre à l’heure pis on se dit qu’on ne va jamais arriver à destination avec s’te crisse de bateau-là. C’est tellement long, on est tellement désespérées que finalement, on est crampées 24/7. On a décidé que mieux valait rire que pleurer, parce que anyway, on a beau être en calvaire, on est pognées là.

Crédit : GIPHY

Sept ou huit jours après, AKA le double du temps qui était prévu au voyage, on fini par apercevoir un boutte de terre ferme. On n’y croit juste pas. Allé-fucking-luïa. Non seulement on n’est pas mortes, mais Sebastián sait un tant soit peu naviguer, chose sur laquelle on avait perdu tout espoir. Pendant plusieurs jours, on n’a croisé AUCUN bateau, aucune âme qui vive. On a eu la chienne, on a espéré que rien de dramatique ne nous arrive, que la mer soit clémente et que personne du groupe ne tombe à l’eau. Même pas le p’tit maudit chien auquel on a fini par s’attacher (un peu) . 

On s’est senties soulagées et chanceuses d’être en vie. On a apprécié comme jamais de juste « être ». On a frenché le sol avant de courir appeler nos proches pour les informer que non, nous n’étions pas mortes. La vie est fragile en maudit.

Sebastián, c’était à la fois éblouissant, rushant et marquant, et j’espère que, depuis ce temps, t’as pris ta retraite.

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