Lettre à mon ex violent

Crédit photo: Anthony Tran/ Unsplash Lettre à mon ex violent

NDLR: La violence conjugale est un enjeu complexe qui provoque des émotions tout aussi complexes chez ses victimes. Merci de respecter ce courageux témoignage et de faire preuve d'empathie dans vos commentaires. Pour plus de détails, vous pouvez consulter la nouvelle politique des commentaires de TPL.

Je t’ai beaucoup écrit ces derniers temps. Dans le vide, car tu as fait le choix de me bloquer par tous les moyens qui t’étaient accessibles. Cellulaire, Facebook, courriel. Tu m’as bâillonnée. Le rejet que tu m’accuses de t’avoir fait vivre, tu me le retournes maintenant. 

Je t’en veux de m’avoir brisée. D’avoir joué dans ma tête comme si elle t’appartenait. Maintenant, je ne reconnais plus cette fille qui me regarde, de l’autre côté du miroir. Et je t’en veux. 

J’aimerais tellement que cette colère me colle à la peau. Qu’elle demeure en moi, qu’elle continue de bouillir dans les moments où j’aurai envie de te revoir. Dans les moments où j’aurai envie de te pardonner toute la violence que j’ai vécue. Pour m’empêcher de ressentir cette nostalgie et cette souffrance qui pèsent si fort sur mes épaules. Je n’y arrive pas. 

Demeurer en colère contre toi, ça relève de l’impossible. J’ai appris à tout te pardonner. Tu m’as conditionnée ainsi. À chaque fois, tu as trouvé les bons mots, les bons gestes et la douceur nécessaire pour que je te pardonne. Pour qu’une fois de plus, je te choisisse, plutôt que de me choisir moi-même.

Pour t’aimer, j’ai dû cesser de m’aimer moi-même. Aujourd’hui, je me retrouve au sol, étendue dans une marre de larmes à me demander comment je peux me relever de tout ça. À me demander si je réussirai un jour à aimer aussi naïvement que je t’ai aimé. Comment je peux reconstruire tout ce que tu as habilement défait? Tout ce qu’en moi, je t’ai vu habilement défaire. 

De notre histoire, ce qu’il me reste maintenant, c’est la souffrance. Une lutte sans répit entre l’envie et la peur que tu reviennes dans ma vie. L’amour est encore là, et il me fait souffrir. Je cherche pourquoi. J’essaie de me rappeler tout ce que tu m’as fait vivre, tous les mots tranchants que tu as utilisés pour lacérer ma peau. Malgré tout, l’amour demeure comme un roc, inébranlable, alors que je ne voudrais que le réduire en poussière. 

Je me regarde dans le miroir ne sachant plus où est cette fille que tu as rencontrée au tout début. Cette fille pétillante, drôle et lumineuse, que j’étais avant ta venue dans ma vie. J’ai l’impression qu’elle est si loin, que je ne peux plus la rattraper. J’ai l’impression d’avoir perdu cette légèreté que je possédais avant de te rencontrer. Cette idée que le monde est bon et que les vilains n’existent pas. Aujourd’hui, sans cette naïveté, je vois des vilains partout, même chez ceux qui ne le sont pas. Je me positionne dans l’attente du jour où des cornes pousseront sur leurs visages d'anges.

Je ne me reconnais plus. Et tout ça, cette distorsion de moi, je te la dois.

Si vous êtes victime de violence conjugale ou croyez l'être, contactez la ligne SOS Violence conjugale. C'est gratuit, anonyme et disponible 24h sur 24/ 7 jours sur 7. 
 

SOS violence conjugale

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