J'ai besoin de pilules

Crédit photo: Pixabay J'ai besoin de pilules
J’ai besoin de pilules
 
Pour me lever le matin. Pour aller travailler. Pour aller à mes cours. Pour vivre normalement. Ce que la majorité des gens parviennent à faire sans problèmes. Pour moi, sans médication il est possible que je n’y parvienne plus. C’est arrivé par le passé. J’ai refusé longtemps l’idée d’avoir besoin de prendre des médicaments. On l’entend souvent. Va dehors. Entraîne-toi. Prends soin de toi. Fais des choses qui te font sentir bien. Travaille sur toi, parle-toi, tu arriveras à gérer ton anxiété et ta déprime. Ça va aller.
 
Sauf que ça n’allait pas. Le simple fait de me lever le matin. De déjeuner. De prendre ma voiture pour me rendre au travail. Des actions simples, à la portée de tous, me rendaient malade d’angoisse. L’idée de croiser des gens. De devoir parler à des gens. De dire la mauvaise chose. De faire la mauvaise chose. De ne pas réussir mes examens. De perdre mon emploi. De ne plus avoir de revenus, et alors, plus aucun moyen de subsistance. De me faire détruire par mon entourage. Par les tâches simples et quotidiennes que je dois accomplir. De me détruire moi-même. De me faire engloutir par le tourbillon effréné de la vie qui passe autour de moi sans que je ne parvienne à m’y accrocher, et que je m’y perde à jamais.

Help me out
 
Je sortais avec des amis. Je courais. Je lisais. J’allais dehors. Pourtant, j’allais encore mal. Malgré le grand air. Malgré la compagnie. Malgré les activités pour prendre soin de moi. J’en suis venue à ne plus être capable de sortir. Plus capable de travailler. Plus capable d’étudier. J’ai même souhaité mourir. Alors j’ai dû être médicamentée. Et je suis allée en thérapie. Et avec la combinaison des deux, j’ai commencé à aller mieux.
 
J’ai cru que je n’aurais pas besoin d’antidépresseurs longtemps. Quelques mois seraient suffisants. Ensuite, je pourrais arrêter. Mais deux ans plus tard, je n’y suis toujours pas arrivée. J’ai appris à vivre avec le fait que j’ai besoin de médication. Et que ça ne me rend pas faible.
 
Longtemps, j’ai voulu vaincre mes démons toute seule. Sans l’aide d’un thérapeute ni de médicaments. Parce que je voulais être forte. Mais en fait, c’est peut-être à ce moment-là que j’étais faible. Incapable d’avouer que j’avais besoin d’aide. Que je pouvais être vulnérable. Refuser d’accepter le soutien de quiconque. Je réalise aujourd’hui que ce n’est pas en acceptant le fait que nous devons être aidé.e.s que nous devenons faibles. Il faut beaucoup plus de force qu’on ne le pense pour le faire.
 
J’ai survécu à mes troubles. Longtemps, j’ai cru qu’ils finiraient par avoir raison de moi. Que je ne pourrais jamais travailler ou avoir une vie normale. Mais aujourd’hui, j’entrevois un avenir bien différent. Je sais que je pourrai vivre ma vie comme tou.te.s les autres. Sauf que pour ça, j’ai besoin de pilules.

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