Ça fait deux semaines que je veux en parler, mais je sais pas trop comment le dire. Ma réflexion s’est peaufinée durant la fin de semaine parce que j’ai eu la chance d’aller à 77 Montréal et Heavy Montréal. Ça m’a fait du bien d’aller là-bas, j’ai eu du fun comme j’en ai partout d’ailleurs. J’ai vu pour la première fois de ma vie Marilyn Manson, j’ai pris une douche de pluie dehors. Et on m’a répété pendant deux jours complets : «  t’es la dernière personne que je m’imaginais ici ».

Avec tous les commentaires sur l’apparence qui commencent, Osheaga étant à notre porte, disons que j’ai du mal à savoir comment aborder un problème qui s’apparente au « gatekeeping ». Cette manie qu’ont certaines personnes de laisser la culture ou certaines formes de sous-culture (et n’importe quoi d’autre) à un certain type de personnes.

Tu peux pas t’habiller avec de la couleur pour aller dans tel festival, si tu mets de la couleur ou une couronne de fleurs à un autre, t’es un.e « guidoune » qui aime pas vraiment la musique. Et sans parler des commentaires dégelèrent sur le corps des femmes que je lis à la fin de ÎleSoniq chaque année.

Pouvez-vous laisser le monde vivre?

Sérieusement, parce qu’une personne veut s’habiller d’une façon ou d’une autre à un endroit ou pour une occasion spéciale, ça veut pas dire qu’elle est moins apte à apprécier le moment, avoir du fun avec ses ami.e.s et découvrir des bons shows. J’avais une robe transparente avec des fleurs l’année dernière et mon meilleur show de Osheaga c’était PUP, un groupe de rock garage. Je peux-tu ou bedon, parce que j’ai aussi passé du temps dans le VIP à parler avec des personnes de l’industrie de la musique que je vois en vrai une fois par année (et qu’on se parle sur le Web le reste du temps), je perds ma badge qui me donne le droit d’être là?

Ça prend pas un cours de festival 101 non plus pour comprendre que pour faire venir des artistes internationaux qui coûtent une beurrée, il faut que le festival fasse ses frais et qu’il y ait 110 000 personnes. Pis qu’il y a pas la sécurité de l’amour-le-vrai de la musique à la porte pour faire le tri entre qui est là pour boire de la bière avec ses ami.e.s et qui est là parce que – eille – il aime vraiment la musique. Parce qu’aussi, si la personne dit sur ses médias sociaux qu’elle voit tel band en faisant des stories, elle est conne pis si elle le fait pas on se demande vraiment ce que la personne a fait pendant sa fin de semaine.

Prenons deux secondes pour se rendre compte que c’est crissement contre-productif de rire des filles pour qui s’habiller selon un style à un événement spécial, c’est important.

Mais non, à la place de fighter plus haut (genre le pouvoir les chums), c’est mieux de s’attaquer à l’apparence des gens qui y vont. On a déjà la chance d’avoir un festival vraiment sécuritaire pour les femmes (les enfants aussi d’ailleurs), une programmation qui est vraiment cool et qui met en vedette vraiment beaucoup de femmes. Mais ho stop! Une personne décide de mettre des shorts avec un haut de maillot pimpon pimpon, arrêtons la musique, c’est pas une REAL! OUT! Tu iras dépenser 300$ pour une fin de semaine en cover dans un bar. Bye.

C’est ridicule han, dit de même. Mais c’est comme ça que ça sonne. Il y a pas un outfit du parfait mélomane parce que le parfait mélomane s’habille comme il veut pour faire ce qu’il veut. Pis si ça veut dire de manquer des show en live pour aller les écouter dans le VIP tout en parlant avec ses ami.e.s (parce que parler dans un show, ça dérange han, comme le reste de tout ce que les gens font, on dirait, dans la bouche de certain.e.s). Ben c’est tout.

On monte plus facilement aux barricades pour contester un article sur les régimes dans les festivals (c'est une bonne raison de le faire). Mais reste que de shamer des gens sur leur apparence pendant un festival, c’est pas plus productif. Ça permet pas de se sentir mieux dans son corps. Ça permet pas au monde de se connaître, de connaître comment on est, pourquoi on veut mettre telle ou telle affaire dans un festival pis comment on veut avoir du fun.

Sur ce, je vais aller repasser la chemise que je vais porter samedi au festival parce que j’aime ça, planifier mes outfits en pensant au fait que j’ai le droit d’aimer la musique, le maquillage et le linge en même temps.

On se voit avec nos bouteilles d'eau réutilisables en fin de semaine la gang! 

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