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Le féminisme à l’honneur au Chili
Crédit: santiagoadicto/Instagram

Ça m’étonne (et déçois surtout) que ça ne fasse pas plus les nouvelles internationales, mais les Chiliennes sont en train de mener de front une bataille de grande ampleur. Depuis quelques semaines, une vingtaine d’universités sont bloquées d’accès par les étudiantes qui réclament une éducation non sexiste et l’assurance de se sentir en sécurité dans les lieux d’éducation. Par ailleurs, 30 universités du pays sont en grève générale pour les mêmes motifs.

L’éducation sexiste, les agressions sexuelles, la violence envers les femmes et le désir de revoir la loi sur la prohibition de l’avortement font partie des dénonciations.
 

On voit des soutiens-gorge et des petites culottes à l'entrée de plusieurs universités partout au pays. 
Crédit : Elizabeth Dupont

Pas moins de 150 000 personnes (surtout des femmes) ont marché au centre-ville le 17 mai dernier pour réclamer la même chose (200 000 à l’échelle nationale). Il faut dire que si nous sommes habitué.e.s malheureusement à côtoyer le sexisme au Québec, il est encore plus fort et présent en Amérique latine où l’influence catholique est toujours très présente. L’avortement est illégal. Les femmes sont valorisées dans des rôles de « nanas », femmes qui prennent soin des enfants dans les foyers riches en plus de faire les tâches ménagères. Et là je ne parle même pas d’équité salariale, puisque nous sommes à des années-lumière des maigres progrès faits au Québec.

Lors de la marche plusieurs ont défilé seins nus en plein automne chilien pour dénoncer la sexualisation de la poitrine féminine.
Crédit : Diego Reyes Vielma/Instagram

 

Les associations étudiantes réclament notamment des changements dans les politiques institutionnelles des universités afin de protéger les étudiantes qui dénoncent des abus ou agressions. La parité homme femme des postes occupés dans l’administration fait aussi partie des revendications.

C’est inspirant de voir que chaque jour on entend un peu plus la population dénoncer le sexisme et que les femmes s’organisent à travers ce combat qui pour la première fois est mené de front. Il faut dire que les manifestations sont assez fréquentes et mobilisent normalement de bonnes foules ici au Chili. C’est cependant une première pour l’ampleur de cette grève massive féministe.

« Ils nous ont enlevé tant de choses qu'ils nous ont aussi enlevé la peur. »
Crédit : santiagoadicto/Instagram

 

Malheureusement, le combat féministe divise aussi beaucoup de gens. Des critiques virulentes ont été formulées à l’endroit des femmes. Si le masculinisme hétéronormatif est fragile en Amérique du Nord, il l’est tout autant ici, en Amérique latine. Le ministre de l’Éducation Gerardo Verela a même dit en chambre que les femmes manifestaient pour « de petites humiliations du quotidien ».

Pas étonnant donc qu’à l’heure actuelle aucune action n’ait été engagée par le gouvernement ou le ministère de l’Éducation face aux revendications. D'ailleurs les associations étudiantes et féministes organisent une autre manifestation dans la capitale le 6 juin prochain et demandent au ministre de s'excuser publiquement.

D’un autre côté, plusieurs communes de Santiago ont adopté au cours des dernières semaines de nouveaux règlements qui mettent à l’amende les « cat calls ». Les personnes qui désormais font des remarques désobligeantes aux passantes ou qui les sifflent sont maintenant punies. Il faut préciser que depuis l'an dernier, des affiches ont commencé à faire leurs apparitions sur quelques chantiers du centre-ville avec la mention « Nous sommes un chantier libre de cat calls » après qu'une mesure dans le même sens ait été prise dans l'industrie de la construction.

Maintenant, entre ces promesses et nouveaux règlements, il y a un énorme pas à franchir. Jusqu'ici une seule contravention a été remise pour ce motif, ce qui a évidemment déclenché une grande polémique.

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