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La crise du quart de vie : on est tous.tes un peu en panique, mais ça va aller
Crédit: Sévrine Dumais

Vous avez vingt-cinq ans ou à peu près. Vous avez terminé vos études il y a quelques mois. Vous avez bien fait ça, vous avez choisi un domaine renommé et/ou stable qui répond aux valeurs soigneusement transmises par vos parents. Après tout, « tu vas être teeelllllllement bon.ne là-dedans! » Alors vous avez fait tout le chemin sans trop vous poser de questions, en vous disant que vous avez beau ne pas toujours aimer les cours, au moins, vous allez aimer la job. Vous avez eu deux ou trois jobines pendant vos études, rien de très valorisant, mais au moins, vous vous êtes fait de l’expérience. Vous avez même peut-être déjà trouvé votre partenaire de vie qui, comme vous, en est aux balbutiements de sa vie d’adulte et de sa carrière. Jusque-là, tout va bien.

Or, sans vous en rendre compte, vous glissez tranquillement dans un pattern de questionnements plutôt envahissants. Depuis votre compte Facebook et votre profil Instagram, vous suivez attentivement la vie des gens qui ont traversé l’adolescence avec vous et que, pour une panoplie de raisons plus ou moins justifiables, vous ne voyez maintenant qu’une fois de temps en temps, par hasard au centre d’achats. Et puis vous réalisez que quelques-un.e.s d’entre eux sont marié.e.s, d’autres ont des enfants et occupent des postes vraiment impressionnants. Au bar, la fin de semaine, vos ami.e.s jasent de leurs projets : achat d’une maison, voyages, croissance d’entreprise… et vous, qui n’êtes ni marié.e, ni maman, ni entrepreneure, ni propriétaire, qui enchaînez les emplois de junior et vous demandez simplement dans quel jouet pour chat vous allez investir ce mois-ci, vous vous dites : « mais qu’est-ce que je fais, moi, avec ma vie? »

Bienvenue dans le club de la crise du quart de vie!
« La crise du quart de vie? Ben voyons donc. La crise d’adolescence, on connaît. La crise de la quarantaine, OK. Mais à 25 ans, de quoi tu te plains? Tu as la vie devant toi! » — Les gens.

Ben oui. La crise du quart de vie. (J’invente rien, c’est sur Wikipédia!) C’est un phénomène de plus en plus observé par les psychologues qui réalisent que les jeunes dans la vingtaine éprouvent un certain vertige face à leur situation à mi-chemin entre les questionnements de l’adolescence et les démarches de la vie adulte.

Les responsabilités vs le traitement
À vingt-cinq ans, on est dans une drôle de position. Selon les standards qui planent au-dessus de nos têtes, il faut entreprendre notre carrière de main de maître, rembourser nos dettes d’études, investir dans l’immobilier, avoir développé une personnalité remarquable, savoir où on s’en va, tout le temps, et penser à fonder une famille. D’un autre côté, trop souvent, on nous infantilise. Au travail, dans la famille, à la banque et dans les magasins. Il y a de quoi s’y perdre! Autrement dit, « réussissez et volez de vos propres ailes, mais écoutez maman et mangez votre brocoli! » Personnellement, dans la même journée, je me suis fait demander ma carte deux fois et me suis aussi fait demander, quelques heures plus tard, c’était pour quand les enfants….

Les comparaisons
Évidemment, les réseaux sociaux ne nous aident pas. Dans nos temps libres, on regarde défiler devant nos yeux les clichés de vies trop parfaitement cadrées sur fond blanc immaculé. On a beau se dire que miss-vie-parfaite-à-la-maison-Pinterest a elle aussi ses bad hair days et ses remises en question, tout ce qu’on voit nous renvoie l’idée que notre vie ne passe pas nécessairement l’étape des filtres et des retouches. Il faut donc apprendre à se détacher de cet esthétisme ambiant qui n’est agréable qu’à petite dose. Il faut aussi apprendre à valoriser nos réussites personnelles, chose qui, je sais, est plus facile à dire qu’à faire.

Les choix décisifs et la peur de se tromper
Il est possible, aussi, que le bât blesse au niveau de la carrière. D’après ce que j’ai pu constater autour de moi, c’est souvent le point de départ de la remise en question. On est peut-être victime du syndrome de l’imposteur. Ou bien on commence une carrière, puis on réalise que ce n’est peut-être pas ça qu’on veut, au fond. Puis on regarde ce que font les autres. On se dit que, peut-être, on a fait le mauvais choix. Mais on ne bouge pas, parce qu’on a peur de se tromper, de retourner sur les bancs d’école ou de repartir à zéro. On a beau dire que ce n’est pas notre carrière de rêve, on a peur de sortir de notre zone de confort et de décevoir ceux qui nous trouvent « teeelllement bon.ne là-dedans »!

Je crois qu’il faut apprendre à relativiser et nous poser les bonnes questions. Oui, les startups que votre ancien voisin a démarrées ont l’air de lui fournir la vie rêvée. Mais ce n’est pas parce que son profil LinkedIn est aussi scintillant que la vitrine de chez Birks que sa réalité est meilleure que la vôtre.

La crise du quart de vie, c’est quelque chose de réel et de tellement répandu, plus qu’on le croit. Et le meilleur dans tout ça, c’est qu’on a le droit de faire cette petite crise-là. On a le droit de se remettre en question et d’essayer des choses. En fait, je crois que c’est le meilleur moment pour se tromper, même si ça fait horriblement peur. Même si on a peur des réactions des autres. Même si on a peur de ne pas savoir quoi répondre à la fameuse question « toi, tu fais quoi dans la vie? »

Je crois qu’au-delà des images léchées et des mises à jour de statuts Facebook, il faut prendre le temps de s’arrêter, de trouver les bonnes solutions pour traiter nos angoisses et imaginer réellement ce qu’on veut pour notre avenir. Quitte à en surprendre plusieurs. Quitte à refaire certaines étapes. Quitte à demander de l’aide. Parce que le chemin qu’on a parcouru, c’est de l’expérience pour affronter ce qui s’en vient. Aussi, parce que ce qui compte, au fond, c’est de vivre pleinement, pas de se demander, vingt ans plus tard, comment on aurait dû vivre.

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