Harcèlement sexuel au travail : l'expérience des auteur.e.s - Partie 1

Crédit photo: Montage : Myriam Daigneault-Roy

Le harcèlement sexuel au travail, ce n’est pas uniquement dans le star-système. C’est une grosse bibitte laide qui se faufile dans TOUS les milieux de travail. Les auteur.e.s de TPL vous parlent de leurs expériences. Pour que cesse cette culture du silence, la honte doit changer de camp.

« Lorsque je travaillais au IGA, à 16-17 ans, un client me passait toujours des commentaires sur mon apparence (au moins 1 fois par semaine pendant 1 ou 2 mois) et sur le fait qu'il aimerait donc voir ce que je cachais sous mon uniforme. Il m'a déjà dit qu'il m'attendrait à la fin de mon shift (qui se terminait 20 minutes plus tard) et j'ai eu très peur que ce soit vrai. J'ai couru jusqu'à mon auto ce soir-là et je suis partie hyper vite parce que je ne voulais pas qu'il me suive. J'ai été super froide avec lui toutes les autres fois où je l'ai servi. »

« J'ai 21 ans, je travaille dans une boulangerie et c'est moi qui prépare les commandes très tôt le matin. Je suis seule avec le livreur qui est du genre à traverser une pièce pour me dire qu'il me trouve cute. Souvent. Puis un jour, il arrive par-derrière pour me prendre la taille et m'embrasser sur la joue. Il comprend pas pourquoi je fige. J'en parle à mon boss. Il me boude pendant quelques jours. Selon une collègue, le mauvais climat est de ma faute. Puis il commence à m'appeler " la petite ", il me dit quoi faire, il m'insulte devant les clients. Je ne me laisse pas faire, ça s'envenime. Je quitte mon emploi, mais pour mon boss ce ne sont pas de bonnes raisons. »

« J'ai 16 ans, première vraie job dans une libraire (Renaud Bray). L'assistant-gérant est plus âgé que moi. Il a environ 30 ans. À chacun de mes shifts, il me regardait de la tête au pied, comme si j'étais un objet qu'il pouvait installer dans la vitrine. Il a commencé à avoir un comportement de plus en plus déviant. Quand des clients hommes entraient dans le magasin, il me demandait si j'étais game de leur faire une pipe. Quand je répondais avec ma face de WTF?, il disait : " ben voyons, fais pas ta farouche, c'est sûr que tu n'es pas vierge. Et ce serait dommage de gaspiller une bouche comme la tienne. " J'ai figé, j'ai ri, hyper mal à l'aise, parce que j'ai 16 ans, t'sais. À chaque shift, il me shootait des répliques comme ça. 6 mois plus tard, je suis allée porter plainte à la gérante pour harcèlement sexuel. Après avoir raconté mon histoire, elle m'a répondu : " c'est impossible ce que tu me racontes. Tu dois avoir mal compris. Il habite même chez moi ce gars-là temporairement, je sais qu'il est correct. " Pis c'est là qu'elle m'a demandé de démissionner.  Plusieurs mois plus tard, j'ai su que d'autres filles avaient subi la même chose et étaient parties aussi. Pourtant, lui, quand je passe devant le magasin, il est toujours là. 11 ans après... »

Vous avez le droit d’être entendu.e.s. On vous croit. Vos malaises sont valides. Ce ne sera jamais votre faute si vous vous faites harceler au travail. Sachez-le. La jeune Myriam de 16 ans aurait aimé le savoir quand elle vivait l’enfer au travail. 

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