Apprendre à être prof ou plutôt apprendre à s'épuiser

Crédit photo: Unsplash/Michal Grosicki Apprendre à être prof ou plutôt apprendre à s'épuiser

C’est avec grande surprise (lol not) que j’ai appris récemment que le ministère refusait, malgré les revendications, de financer les stages en enseignement, le tout en s’appuyant sur des faits (assez faux merci). En effet, le ministère nous suggère de faire de la suppléance afin de financer notre stage, et ce sans prendre en compte le fait que nous risquons un échec assuré si l’on en fait lors de notre stage. Je ne m’étendrai pas sur les raisons pour lesquelles, selon moi, un stage en enseignement (et tout stage à temps plein dans la fonction publique) se devrait d’être rémunéré, puisque ma collègue a déjà abordé le sujet, brillamment. Cependant, je trouve que c’est un manque de respect de refuser une demande sans prendre la peine de s’informer adéquatement de notre situation. Bref.

Outre cette sortie publique, vous avez peut-être entendu parler de pénurie, de classes orphelines. Comment est-ce possible? Tout le monde est enseignant on dirait. C’est une remarque que l’on entend souvent. 20 % des enseignants en début de carrière quittent la profession lors des 5 premières années. On rapporte aussi 17 % de cas de burn-out, contre 11 % dans les autres professions. Ces statistiques sont loin de m’étonner. Je termine mon bac cette année et je la sens déjà, cette pression, cette culture du burn-out.

L’année dernière, j’ai effectué mon troisième stage, d’une durée de deux mois. Lors de ce stage, je prenais en charge la majorité des tâches enseignantes. Plus les stages s’allongent, plus les responsabilités s’alourdissent, c’est normal. Cependant, il semblerait que ce n’est pas assez. Parce qu’en plus, des cours se rajoutent à l’horaire, simultanément aux stages et ce, sans forcément être en lien avec ce dernier. L’an dernier, j’étais épuisée et mes collègues aussi. Je ne voyais plus le bout. Je me rappelle que nous étions toutes tombées malades et nous avions traîné ces rhumes un peu trop longtemps. Par stress, par fatigue et surtout parce que nous ne pouvions pas prendre congé pour nous reposer. Nous n’aurions pas eu le temps de compléter le stage avant le congé des fêtes et la prochaine session si nous l’avions fait.

Aberrant, non?

J’entamerai mon dernier stage bientôt et je ressens de l’appréhension, plutôt que de l’excitation. Notamment, parce que je n’aurai pas de revenus ou à peine pendant quatre mois. Je m'estime chanceuse cependant, puisque jusqu’à tout récemment j’angoissais. J’angoissais parce qu’il était possible que je sois considérée étudiante à temps partiel, ce qui aurait affecté mes prêts et bourses. Étudiante à temps partiel, alors que je serai en stage à temps plein en plus de suivre 3 cours. Finalement, je serai à temps plein puisqu’un quatrième cours se rajoute à mon horaire, m’accordant les crédits nécessaires. Évidemment, trois de ces cours n’ont pas lieu chaque semaine, mais ils alourdissent inévitablement notre tâche et notre horaire. Je suis fâchée.

Fâchée, car alors qu’on déplore une situation qui perdure, on perpétue cette culture, celle de devoir toujours donner plus, de devoir se donner sans limites et sans compter, jusqu’à l’épuisement. On ne nous donne pas le choix. Je me demande, n’était-ce pas assez d’assumer les responsabilités d’un.e enseignant.e pendant 4 mois? J’ai l’impression que l’on devrait m’aider, m’outiller, mais qu'en réalité, on ne cesse de nous mettre des bâtons dans les roues.

Je suis épuisée, je suis lasse. Et je n’ai même pas encore commencé.

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