Au début de la semaine passée, y'a fait à peu près 5000 degrés Celcius dehors et je devais aller travailler. L’air conditionné à mon travail est digne d’un congélateur, donc je devais oublier l’idée que je chérissais de vêtir un vêtement plus léger. J'ai enfilé une paire de jeans à mon grand détriment et j'ai roulé le rebord pour me donner l'illusion d'une certaine ventilation, le temps que ça me prendrait pour marcher jusqu’au travail. Mais juste avant de passer la porte, j'ai attrapé mon rasoir et j'ai enlevé tous les petits poils naissants qui étaient visibles là où j'avais roulé mon jean. Je n’ai pas pris la peine d’enlever mes pantalons pour me faire toutes les jambes. Pas mis d’eau, pas mis de savon. Rien. Juste rasé ce qui était à l’air libre.
 
Ouais. J'ai fait ça. Et je ne suis probablement pas la seule qui, dans un élan de vitesse, s’est dépêchée d’aller raser une zone apparente de notre pilosité.
 
N'en déplaise à nous-mêmes, on est une méchante gang à se contempler le poil corporel dès que la petite queue foncée d'un poil superflu se pointe le bout du nez. Sous les aisselles, sur nos jambes, down there, peu importe. Je ne sais pas si c'est parce que la société nous a fait croire que c'est relié à un manque d'hygiène ou c'est avec l'arrivée des films hollywoodiens au début du 20e siècle, mais on s'est mis à capoter avec nos poils à coups de rasoir qui irritent, de produits dépilatoires qui chauffent et de laser qui donnent l'impression d'être passée sous un truck en sortant d'une première session sur six.
 

Crédit : Giphy

 
Adidas, la semaine dernière, s'est alliée à une modèle suédoise pour sa campagne publicitaire des souliers Originals Superstar. La jolie blonde a fait exploser Internet quand, dans la vidéo promotionnelle, on l'a vu arborer avec fierté sa petite robe blanche, ses bas pastels et... son poil de jambes. Arvida Bystroöm s'est fait traiter de tous les noms : allant de dégueulasse à grosse féministe sale. J'en passe. Arvida est habituée aux commentaires d’internautes mécontents, elle est reconnue pour son rôle quant à la défense des stéréotypes et contraintes infligés par la société. Artiste et photographe, Arvida utilise son image afin de réunir cellulite, coupe menstruelle et poils corporels pour tenter de briser les normes entourant la beauté féminine.
 
Mais je ne pense pas qu’elle s’attendait à recevoir des menaces de mort. Et des menaces de viol. Pour du poil de jambes.

 

Crédit : arvidabystrom/Instagram

 
Le tabou entourant les poils féminins, ça ne date pas d’hier. Et c’est un siècle entier de fausses croyances et de normes de beauté à tenter de déconstruire à coup de statements, un poil à la fois. Parce que oui, en 2017, se raser ou non revient d’une décision politique. Que le corps des femmes doit répondre à des critères exclusivement basés sur l’esthétique telle que définie par une industrie, c’est politique.
 
Les compagnies de rasoirs et de produits dépilatoires dépensent des millions dans des campagnes publicitaires où l’on peut apercevoir des modèles se raser une jambe dans le vide, dénuée de toute pilosité. Pas question de montrer du poil à la télévision ni sur une affiche publicitaire, on n’est pas encore rendus là. En attendant, la beauté mainstream demeure à sens unique et on est encore trop stickés sur ce qui est marginal, différent, avec appréhension… comme le poil, probablement l’élément le plus naturel de notre corps humain.

Crédit : Giphy

 
Vous voyez l’absurdité de la chose?

Page d'accueil