NDLR : Un Centre pour victimes d'agression sexuelle existe à Montréal. Si la lecture de cet article vous donne envie de parler ou d'agir face à une situation similaire, ce centre offre des services d'écoute sans frais, bilingues, confidentiels et anonymes. Plus de détails ici.

Mes règles étaient en retard, alors je me suis précipitée à la pharmacie. Ce quinze dollars pour un test de grossesse était très mal investi. Je payais pour un gars qui avait refusé de me respecter, mais ce n’était pas la première fois. L’habitude a la couenne dure, visiblement. Ma naïveté aussi d’ailleurs.
 
J’ai toujours refusé de le faire sans condom, jusqu’à ce qu’un gars me dise que c’était un waste de plaisir. J’ai toujours refusé qu’on éjacule dans mon corps, jusqu’à ce qu’un gars me dise que c’était du gaspillage. J’ai toujours été naïve et accepté ce que les gars me disaient de faire.
 
Un peu un waste de plaisir, je ne sais trop. Personnellement, je n’ai pas vraiment eu de plaisir, je suis restée les yeux ouverts et j’ai attendu que ça passe, qu’il vienne. J’ai attendu que ça coule entre mes cuisses et qu’il parte pour pleurer. Et comme après toutes mes relations sexuelles, je me demandais ce que je faisais là, ce que je faisais de ma vie.
 

Crédit : Giphy
 

J’ai toujours accepté qu’on me manque de respect, parce que je ne me respectais pas moi-même. Par contre, quand je suis arrivée, en panique, à la pharmacie, devant les dizaines de types de tests de grossesse, j’ai pleuré. J’ai compris que c’était assez. J’ai dépassé mes limites, ils sont allés trop loin. C’est en partie de leur faute et en partie de la mienne : la leur pour avoir poussé trop loin, la mienne pour les avoir écoutés.
 
J’avais de la rage contre un gars en particulier, le dernier, celui qui a fait perdre ma virginité de son sperme, le premier qui est venu en moi. Je lui avais dit de sortir avant de venir et, au contraire, il a retenu mon corps de ses mains pour rester en moi. Il avait fait exprès, il l’avait voulu et c’était foutu de mon consentement. Le pire c’est qu’au lieu de me dire qu’il était venu dans moi, il est parti comme un voleur. Il m’a texté quinze minutes après pour me dire qu’il était venu en moi. Il n’a même pas eu le culot de me le dire en face, il me prenait pour l’épaisse qui ne s’en rendrait pas compte!

Plusieurs semaines après ledit événement, j’ai eu le courage de l’appeler. Je lui ai dit qu’il ne m’avait pas respectée et que je ne voulais pas qu’il fasse ça à d’autres filles. Moi, j’étais déjà brisée, mais je ne voulais pas qu’il en brise d’autres. Il m’a répondu « C’est tout? », j’ai dit « oui » et il a raccroché. Une chance que ma meilleure amie était là pour lui crier après sur sa boîte vocale un beau « m’a t’en faire un c’est tout! », parce que je suis encore trop faible pour me défendre. Au moins, je suis assez forte pour me rendre compte de ma naïveté.
 
Un jour, je serai une lionne, comme elle.

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