J'ai été stripteaseuse pendant deux soirs - Première partie

Crédit photo: nick hidalgo/Unsplash

J’ai hésité longtemps avant d’écrire cet article. Je me suis également demandé si je devais le faire sous le couvert de l’anonymat pour me préserver des jugements, ou en assumant pleinement l’impact de mes mots. Je sais parfaitement que beaucoup vont me désapprouver et que toute ma famille va être au courant. J’ai d’ailleurs averti ma mère, juste au cas.

Pourtant, je meurs d’envie d’écrire cet article. Je suis de nature revendicatrice et le simple fait que de publier cet article soit source d’angoisse me pousse encore plus à le faire. Je ne devrais pas en avoir peur. Alors voici que je me lance dans les mots pour parler de ma courte expérience en tant que danseuse nue.

Il y a environ 5 ans, j’ai consulté un psychologue, et je lui ai parlé de toute ma vie, de mes épreuves, de mon cheminement et de la personne que j’étais à ce moment. Et puis, un jour lors d’une séance, il m’a dit le plus naturellement du monde qu’il était impressionné que je n’aie jamais « finit danseuse ou prostituée » considérant mon vécu. Ce fut comme un coup de poing en plein dans le ventre ; je me suis sentie trahie, insultée. Je n’avais effectivement jamais travaillé dans le domaine du sexe, mais je l’avais grandement envisagé, et j’éprouvais un respect réel envers ces personnes qui prennent la décision de le faire.

Je n’ai jamais pu refaire confiance à ce psychologue, que j’ai cessé de voir sur-le-champ. Et ce sont ses paroles qui m’ont suivie et collé à la peau lorsque, en cherchant un emploi sur Kijiji dans la région de Toronto, je suis tombée sur cette annonce d’un bar qui à la recherche de nouvelles danseuses. Je n’avais aucune idée comment on entrait dans ce domaine, alors cette annonce m’a immédiatement intéressée. J’ai pris tout mon courage pour appeler et j’ai tout de suite été invitée à venir pour un interview en face à face. Mon copain de l’époque m’accompagnait et sa présence me rassurait, me donnant le courage de franchir la porte d’entrée.

Le bar était petit, peu éclairé, ce n'était visiblement pas l’endroit le plus chic en ville. J’avais le ventre noué par l’excitation de franchir les limites du tabou et j’y avais aussi la peur, cette peur du jugement et du rejet qui nous suit partout lorsque l’on ne correspond pas aux normes qu’une femme doit suivre. Mais je voulais le faire, je devais le faire. V, la barmaid et manager, m’a accueillie et m’a semblée très sympathique. Après avoir discuté, elle m’a dit que je pouvais commencer le soir même, ce que j’ai accepté de faire. Nous étions un dimanche, alors peu de chances que ce soit très occupé, ce qui était d’après moi parfait pour commencer. Je suis retournée dans la voiture où j’avais une valise contenant la majorité de mes vêtements puisque nous déménagions. J’ai rapidement fait l’inventaire, puis j’ai sélectionné un ensemble sexy. Pour les souliers, j’ai choisi une paire de bottillons à talons hauts, faute de vraies plateformes. Nous sommes allés souper à un restaurant pas loin. Plus l’heure approchait, plus l’appréhension montait en moi. Je me lançais totalement dans l’inconnu.

Le soir venu mon copain m’a déposée et il est allé faire autre chose en me promettant de rester près de son téléphone pour que je puisse le joindre en cas d’urgence. J’en étais très reconnaissante. Je suis donc descendue au vestiaire, je me suis mise dans mes habits, et… j’ai figé. Je n’arrivais pas à sortir de la pièce. Je me sentais nue et tellement vulnérable. Je serais en sous-vêtements entourée de personnes habillées. J’ai donc pris de grandes inspirations et j’ai fait des power pose pour me donner du courage! Une chance que j’étais seule, car la scène aurait probablement été plutôt insolite. Pour m’aider, je pensais à cette danseuse que j’avais rencontrée dans un bar à Montréal alors qu’elle venait à peine de commencer. Je la trouvais sympathique et courageuse, et elle semblait aimer son expérience, alors pourquoi pas moi?

Une fois prête à sortir, j’ai foncé avant d’y penser plus. J’ai monté les marches et je suis allée m’asseoir sur un tabouret du bar. Ouf, l’étape la plus difficile venait d’être franchie. J’étais là. J’étais danseuse. Rapidement, mes sentiments ont changé ; l’angoisse a fait place à la confiance. Un sourire naturel s’est posé sur mes lèvres. Les gens ont commencé à entrer. De plus en plus. Je me suis mise à flirter, je suis devenue féroce. Jamais dans toute ma vie je n’avais été aussi confortable en compagnie d’hommes. Mais pour une fois, j’étais au contrôle. Je décidais des règles. J’étais convoitée, j’étais le centre de l’attention, personne ne prétendait, et moi je jouais. Je me suis amusée!

À suivre...

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