Drogues douces ou dures, un vocabulaire à proscrire?

Crédit photo: stonededenne/Instagram Drogues douces ou dures, un vocabulaire à proscrire?

Je suis une diplômée du Certificat en intervention et prévention des toxicomanies depuis maintenant six mois (je suis loin d’être une experte), et c’est avec enthousiasme que je parle, un peu trop souvent, de substances psychoactives avec les gens de mon entourage. Ce certificat a réellement changé ma vision de la toxicomanie et m’a permis d’acquérir une plus grande ouverture d’esprit. Avant d’étudier dans ce domaine, j’avais comme conviction que la consommation d’alcool et de cannabis était acceptable tandis que les drogues dures étaient à proscrire. Mon opinion a complètement changé! Plus j’en apprenais sur le sujet, plus je découvrais que mes convictions étaient erronées.

Régulièrement, les gens font une distinction entre les drogues dures et les drogues douces. D’ailleurs, j’étais la première à l’utiliser puisqu’elle m’avait été inculquée par la société ; elle me semblait juste. Dorénavant, je considère son utilisation comme une banalisation ou une déculpabilisation de la consommation des drogues dites douces.

Bien que je ne pense pas que cela soit fait volontairement, cette distinction banalise la consommation d’alcool et de cannabis. Cependant, dans les faits, ces substances psychoactives ont autant d’impact sur notre corps et notre esprit. Il existe des conséquences réelles à la consommation telles que l’anxiété, l’insomnie, les troubles de l’appétit, les psychoses toxiques, les déliriums, et ce même s’il s’agit d’alcool ou de cannabis.

Je suis probablement loin d’être la seule à avoir enduré un lendemain de veille particulièrement désagréable ou bien à avoir été malade sur une consommation (disons peu raisonnable) d’alcool ; il s’agit d’une preuve qu’il existe des impacts réels lors de l’intoxication ou du sevrage d’une quelconque substance et, à long terme, les conséquences ne font que s’aggraver. Il est aussi important de souligner qu’aucune substance ne possède une capacité addictive plus élevée que l’autre. Au fond, de la drogue, c’est de la drogue! Je n’essaie pas de vous convaincre de ne plus boire ou ne plus fumer, ce n'est pas le but de l'article, mais ce que j’essaie de dire, c’est qu’il est important de connaître les enjeux liés à notre consommation afin de réduire les risques et faire un choix éclairé.

Le fait de diviser les drogues en deux catégories marginalise les consommateurs.trices des drogues dites dures (ne plus employer ce terme à l’avenir), ce qui accentue le tabou qui entoure cette consommation. Rien de positif ne ressort de l’exclusion, et la toxicomanie ne fait pas exception. Il faut enlever nos œillères et réaliser que l’absorption de substances psychoactives est courante dans toutes les sphères de la population. En parler ouvertement et sans distinction permet de réduire les risques liés à la consommation de drogues de façon beaucoup plus efficiente qu’en marginalisant certains types de consommation. Essayer d'effrayer les gens pour qu'ils ne deviennent pas de futurs consommateurs.trices est carrément contre-productif. À titre préventif, informer les usagers leur permet de faire des choix éclairés et plus responsables tandis qu’en intervention la reconnaissance des besoins de ces populations marginalisées et leur inclusion est indispensable.

Bref, l’utilisation des mots « dures » et « douces » pour distinguer les drogues a un effet beaucoup plus important que l'on peut le croire. Les mots sont puissants, et dans ce cas, ils sont surtout inappropriés. Ils encouragent la banalisation et la marginalisation de la consommation de drogues, ce qui augmente le nombre d'enjeux liés à la toxicomanie.

Je les ai bannis de mon vocabulaire, en ferez-vous de même?

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