Un retour aux sources du mouvement de Radical Softness

Crédit photo: Lora Mathis/FLICKR Un retour aux sources du mouvement de Radical Softness


Connaissez-vous le concept de Radical Softness? Pour moi, il s’agit de mots que j’ai pu mettre sur une réflexion que j’ai depuis très longtemps.

En fait, à la base, le mouvement a été enclenché accidentellement par Lora Mathis, un.e artiste et poète.sse qui avait le projet très personnel de trouver de la force dans l’indulgence et la douceur envers soi à travers la maladie mentale, ainsi que d’accepter sa vulnérabilité. Iel* était épuisé.e de se sentir « faible » à se débattre avec ses émotions, et de voir ces dernières être invalidées et dépeintes comme trop dramatiques par la société.

Accessoirement, cette idée de douceur radicale a été associée à la féminité dans son travail artistique, parce que chez iel, la féminité et la maladie mentale se chevauchent : cette dernière est issue, dans sa vie, de violence genrée. Et étant donné que c'est la féminité qui est attachée à l'idée de vulnérabilité extériorisée tout en étant simultanément dénigrée pour cela, son but était de se réapproprier la chose pour en modifier les perceptions.
 
Dans une publication rétrospective sur son blogue où tout a commencé, Lora Mathis a fait le point sur ce qu'est devenu le mouvement vis-à-vis de son intention initiale. En effet, comme tout mouvement qui gagne soudainement en popularité, le concept lui a vite échappé des mains. Son image a été en partie accaparée par un féminisme blanc cis et s’est beaucoup traduit artistiquement par la simple glorification de la jeunesse féminine sur un fond rose.

Bien qu’il n’y ait pas de mal à ce type d'images en soi et que ce soit vraiment mon genre d’esthétique, le concept de fond du Radical Softness s’est quand même retrouvé dilué, son propos rendu superficiel et plus facile à avaler, tout en devenant un créneau peu accessible ou accueillant pour certain.e.s. C’est ce que Lora déplore, et je ne peux m’empêcher d’être d’accord avec iel.

Ça a été monopolisé par des voix privilégiées dont l’apport peu révolutionnaire, en regard de leur position proche du statu quo et de la répétition de la nature des contributions, ne remet pas en question en profondeur les paradigmes oppressifs sur le plan personnel qui ont motivé Lora Mathis à créer l’attitude de Radical Softness. L’artiste iel-même reconnaît sa propre facilité à pouvoir pratiquer la tendresse envers soi, de par sa position de privilège, et tente du mieux qu’iel peut de passer le micro aux artistes qui le sont moins.

Le mouvement ainsi approprié a pris un angle qui semble oublier les nuances auxquelles l’artiste tenait. Même si pour iel, féminité et douceur radicale vont ensemble, ce n’est pas à dire qu’iel considère le concept comme étant exclusif aux femmes cisgenres ; de toute façon, Lora n’est iel-même pas une femme cis, et la féminité n’est pas non plus réservée à cette catégorie de personnes, malgré le fait que c’est apparemment ce qui ressort dans beaucoup d’interprétations visuelles du mouvement.

De plus, iel précise que la douceur n’est pas synonyme de passivité. Il ne s’agit pas d’être gentil.le ou docile en tout temps ou d’imposer la non-violence aux autres. Ça ne s’étend pas aux personnes qui perpétuent des oppressions ; celles-là reçoivent la résistance qu’elles méritent.

C’est une attitude centrée vers soi et les personnes que l’on aime, une tendresse intime et absolue dans la façon de se traiter soi et autrui. C’est aussi un sentiment qui se focalise sur la guérison et la clémence envers soi. La douceur est pour iel un acte radical de force intérieure, dans un monde qui dépeint la vulnérabilité comme quelque chose de féminin et même de négatif.

Et, même si je suis une grande amatrice des œuvres visuelles qui sont nées de la popularisation du concept de Radical Softness, je trouve tout de même essentiel de rappeler d’où ça part, pour essayer de lui redonner toute sa profondeur et de le démocratiser davantage. Je le rappelle : la douceur radicale peut être pratiquée par tous.te.s.

*Ce n'est pas une coquille, il s'agit de l'écriture non genrée!  

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