Beau sur les autres, mais pas sur moi

Crédit photo: Olivia Campbell/Instagram Beau sur les autres, mais pas sur moi


Je crois qu’on peut considérer qu’il est désormais explicite que mon militantisme pour la diversité corporelle se focalise résolument sur les personnes en surpoids.

La raison est qu’il s’agit encore de la catégorie de corps la moins valorisée en société, et qu’à la base le mouvement body positive (positivité corporelle) a été créé par des body activists gros.se.s pour les gros.se.s à la fin des années 60, et que leurs revendications ont été largement antagonisées jusqu’à ce que des personnes plus minces aient envie d’en récolter les fruits eux aussi vers les années 2000.

Il va donc de soi que je continue leur lutte envers la tradition et la situation actuelle des standards de beauté. Je précise parce que mes témoignages ou mes reportages peuvent ne pas résonner en tout le monde malgré le fait que j’utilise le terme body positivity.

Il peut y avoir un paradoxe quand on fait partie du mouvement body positive alors qu'on est une personne en surpoids et qu’on a déconstruit nos propres standards de beauté pour en élargir la définition. Certaines personnes se mettent à voir les choses autrement. Les plis, les bosses, la décoloration, les courbes, les vergetures, la largeur, la cellulite, tout ça perd de son dramatique et de son repoussant… mais seulement sur les autres.

Je fais partie de ces individus là.

 

Crédit : unskinnyshero/Instagram
 

Eh oui, curieusement, j'applique un double standard sur moi-même. Je tombe en pâmoison devant les Olivia Campbell, les Margot Meanie, les Amina Mucciolo de ce monde, des personnes qui me ressemblent, mais quand je me regarde dans le miroir, je n’ai pas le même amour et la même bienveillance pour ma propre personne.
 


Crédit : curvycampbell/Instagram

Pourtant, les gens qui me connaissent savent que je prêche pour une image corporelle positive à en rebattre les oreilles de certains. Je suis celle qui va immédiatement tenter de désamorcer les discours toxiques que les membres de mon entourage peuvent tenir sur leur corps. En fait, je suis une cordonnière bien mal chaussée, et je ne suis sûrement pas la seule, mais il s’agit d’une sorte de tabou dans la communauté.

Pourquoi une contradiction pareille? Peut-être que le classique « on est toujours plus dur envers soi-même » y est pour quelque chose, mais je trouve ça un peu réducteur et trop universaliste. Peut-être que je continue à laisser gagner les opposants sur notre désir d’exister simplement et en paix? Peut-être est-ce les images incessantes de corps gros comme l'étape « avant » d'un « après » mince considéré comme toujours meilleur? 
 


Crédit : nolatrees/Instagram

Ces opposants, j’en fais partie en internalisant leurs discours venimeux bourrés de « bonnes intentions ». Pourquoi, quand je vois des gens comme moi qui ne se laissent pas retenir par ce que la société a prescrit pour eux comme une tare, quand je les vois être impénitents dans leur acceptation d’eux-mêmes et dans leur jouissance de la vie, je ne pourrais pas les suivre dans leur lancée d’affranchissement? Pour quelle raison devrais-je vivre ce bonheur par procuration seulement?
 


Crédit : fatgirlflow/Instagram

En vérité, je sais que je ne mérite pas cette inclémence de ma part et que j’ai autant le droit d’être bien dans ma peau que n’importe laquelle de ces personnes radieuses et hors normes. Comme n’importe quelle personne tout court, d'ailleurs. 'Reste que l'amour de soi, en dépit des messages dissuasifs sans cesse répétés, constitue le plus bel acte de résilience.
 


Crédit : studiomucci/Instagram

Je sais qu’il s’agit là d'un gros défi personnel, et j’y travaille quotidiennement. Je garde espoir grâce à d’innombrables idoles qui me montrent sur les médias sociaux qu’il n’y a rien de pas correct avec mon corps et que c’est possible d’être heureuse dedans.

 

Psssttt ! Envoie-ça à ton ami!

PLUS DE NOUVELLES