Ces femmes qui ont marqué l'histoire du Québec : Marie-Joseph Angélique

Crédit photo: Thawornnurak/Shutterstock Ces femmes qui ont marqué l'histoire du Québec : Marie-Joseph Angélique

Bien que je détienne une formation en tant que professeur d’histoire au secondaire, pour plusieurs raisons, je ne travaille pas dans le domaine en ce moment. Toutefois, j’ai décidé de me faire plaisir et de finalement mettre à profit ma formation dans le cadre de ma collaboration avec TPL.
 
À raison d’une ou deux fois par mois, je vous présenterai une petite chronique historique sur ces femmes qui ont marqué l’histoire de notre belle province. Longtemps sous-représentées, voire jadis volontairement oubliées par certains historiens, ces femmes ont eu un impact sur l’évolution et la construction du Québec que nous connaissons aujourd’hui et leur apport mérite d’être reconnu et souligné.

Comme le mois passé avait lieu le Mois de l’histoire des Noirs, je commencerai cette chronique en vous racontant l’histoire de Marie-Joseph Angélique, cette jeune esclave noire dont les revendications, le « procès » injuste et la mort atroce ont fait une martyre et un symbole de la lutte pour la liberté contre l’esclavage et le racisme.
 
Cela peut paraître surprenant, mais le territoire du Québec et du Canada a déjà connu une période où l’esclavage était légal et réglementé. C’est dans ce contexte qu’arrive à Montréal, vers 1725, Angélique, achetée par le marchand français François Poulin de Francheville en Nouvelle-Angleterre, qui la ramène avec lui en tant qu’esclave domestique. Née à Madère au Portugal, Angélique a, à l’époque, environ 20 ans.
 
À la mort du marchand en 1733, Angélique devient la propriété de la veuve de celui-ci, Thérèse de Couagne, qui la rebaptise Marie-Joseph Angélique. C’est à ce moment qu’Angélique décide de se dresser contre les injustices dont elle est victime, et fait ce qui était à l’époque difficilement imaginable pour une esclave : elle exige qu’on lui rende sa liberté.
 
Essuyant un refus, celle-ci devient furieuse et décide de se rebeller. Elle n’effectue plus les tâches domestiques que sa maîtresse lui assigne, elle refuse d’obéir aux ordres et lui répond, elle se dispute avec les autres domestiques et elle va même jusqu’à menacer sa maîtresse de la brûler vive si celle-ci continue de lui refuser sa liberté.
 
Thérèse de Couagne, incapable de ramener Angélique à l’ordre, décide au début de 1734 de la vendre à François-Étienne Cugnet, qui habite la ville de Québec, contre 600 livres de poudre à canon.
 
En apprenant qu’elle serait vendue, Angélique entre dans une grande colère et menace d’incendier la maison avec sa propriétaire à l’intérieur. Peu de temps après, avant qu’on puisse la déporter, elle tente le tout pour le tout et s’enfuit avec son amant Claude Thibault, un engagé qui souhaite l’aider à retourner dans son pays natal. Le couple met le feu au lit d’Angélique avant de s’enfuir, mais il sera capturé avant d’avoir pu quitter le continent. Thibault est envoyé en prison (il sera relâché par la suite) et Angélique ramenée de force à Montréal.
 
Quelques mois après la tentative de fuite d’Angélique, le soir du 10 avril 1734, un incendie se déclare soudainement dans la résidence de Thérèse de Couagne. Les dommages sont énormes. En quelques heures, le feu ravagera 46 des 387 immeubles de la ville de Montréal, dont l’Hôtel-Dieu. Marie-Joseph Angélique est la coupable toute désignée. Elle sera arrêtée par la police le 11 avril et accusée formellement d’incendie criminel.
 
Dans cette société où est appliqué le système juridique français du XVIIIe siècle, toute personne accusée est présumée coupable jusqu’à preuve du contraire, il n’y a pas de procès devant jury ni d’avocats, et les esclaves ne possèdent aucun droit. Aussi bien dire que si quelqu’un décidait d’accuser une esclave de quelque chose, même si celle-ci était innocente, il n’y avait aucune façon de s’en sortir.
 
Angélique clamera malgré tout son innocence.
 
Le 12 avril s'amorcera donc un des « procès » les plus marquants de cette époque. Vingt-quatre « témoins » déclareront qu’ils pensent qu’Angélique est coupable, et une petite fille de cinq ans affirmera avoir vu Angélique se diriger vers le toit de la maison de sa maîtresse avec un pot de chardon ardent quelques minutes avant l’incendie. Cet ultime « témoignage » jouera un rôle crucial. Après plusieurs semaines de débats, ces « preuves » seront jugées suffisantes pour confirmer la culpabilité d’Angélique et la condamner à mort.
 
Le 21 juin 1734, elle sera d’abord torturée dans sa cellule. On lui broiera les os des jambes à l’aide de brodequins, des instruments de torture médiévale, souhaitant ainsi la faire avouer ses méfaits et la faire dénoncer Thibault, que l’on soupçonne d’être son complice. Elle confessera finalement son crime sous l’emprise de la douleur, mais refusera d’inculper Thibault jusqu’au bout.
 
On la traînera ensuite dans une charrette à déchets jusqu’au portail de la Basilique Notre-Dame, où, torche enflammée à la main (symbole de son crime), on lui fera confesser ses méfaits et demander pardon à dieu, au roi et au peuple.
 
Une fois ses crimes « avoués » devant Dieu, elle sera pendue, et comme si ce n’était pas suffisant, on exposera son corps sur la potence durant deux heures afin de servir d’exemple. Sa dépouille sera finalement placée sur le bûcher et brûlée, ses cendres dispersées aux quatre vents.
 
Ce procès perdu d’avance et surtout les atrocités qui lui seront imposées choqueront une partie de l’opinion publique et soulèveront des questionnements parmi une partie de la population sur l’existence de l’esclavage et sur les traitements inhumains que l’on réservait aux esclaves.

Marie Joseph Angélique a-t-elle réellement mis le feu à la ville? Nous ne pourrons jamais le savoir, car les preuves directes contre elle sont inexistantes. Bouc émissaire idéal, elle aura été la victime d’une société qui, à l’époque, traitait les gens dont la peau était noire comme des objets, refusant de leur reconnaître des droits.
 
Par sa volonté de liberté, par le symbole de lutte contre l’esclavage et contre le racisme qu’elle est devenue suite au traitement inhumain qu’on lui a réservé, Marie-Joseph Angélique fait partie des femmes qui ont marqué l’histoire du Québec. Dans une société où l’égalité entre les humains n’est pas encore atteinte, son histoire et son combat pour la liberté ne doivent pas être oubliés, et restent à jamais gravés dans notre histoire.
                                                                                                           
Sources
http://www.encyclopediecanadienne.ca/fr/article/marie-joseph-angelique/
http://www.encyclopediecanadienne.ca/fr/article/black-enslavement/
http://www.thecanadianencyclopedia.ca/fr/article/amerique-du-nord-britannique/
http://plus.lapresse.ca/screens/1fa7d4b9-bc0b-4393-86a6-43c49c21ae13%7C_0.html

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