On le sait, le mot « privilège » et tout ce qu’il sous-entend a marqué les esprits lors de la dernière année. Si je vous ai déjà parlé des privilèges de classe, le capacitisme hante mes pensées ces derniers-jours.

En effet, je suis étudiante en adaptation scolaire et mon frère vit avec le syndrome d’Asperger.  Il va sans dire que je côtoie de près de nombreuses personnes dont les capacités physiques ou mentales ne correspondent pas aux attentes de la société. Ces personnes qui sont trop souvent mises aux oubliettes.

On souligne fréquemment l’importance de modèles diversifiés, et bien que les progrès soient lents et laborieux, on peut en constater de plus en plus au niveau du genre, de l’orientation sexuelle et de la diversité culturelle. On ne peut pas vraiment en dire autant des personnes en situation d’handicap, qui, en plus d’être largement marginalisées, n’ont pratiquement aucun modèle auquel se rattacher.

Ce qui me choque le plus lorsque je parle de mon frère ou de mon métier, c’est ce regard, ce ton. Cette empreinte de pitié qui laisse un goût amer, comme si j’étais une bonne sainte en mission humanitaire. On ne considère jamais ces personnes comme des égales. Je ne suis pas Mère Teresa qui va sauver les gens qui font dont pitié. Loin de là. Je veux simplement aider et outiller des personnes pour qui le système régulier ne fonctionne pas. Des humains dont les expériences diffèrent peut-être des miennes, mais qui valent tout autant. D’ailleurs ces personnes m’apprennent autant, sinon plus, que je leur apprends. La plus grande richesse de la différence est sans contredit l’échange.

On ne peut pas vraiment ignorer le système de performance qui est ancré en nous et qui, bien souvent, nous accorde une valeur selon l’utilité de notre fonction dans la société. Dans ce type de système, une personne incapable d’occuper un emploi ou de se déplacer avec aisance n’apparaît pas comme efficace, comme importante. C’est la raison pour laquelle, selon moi, il est si facile de passer outre, de les oublier. Tout comme il est si facile d’oublier les aînés. Tu ne fournis pas? Tant pis pour toi.

Je ne peux probablement pas m’imaginer l’étendue de l’oppression, de la stigmatisation que subissent les personnes qui vivent avec un handicap. Y songer me peine, me fâche, me touche. J’ai envie qu’on ne les oublie plus et que ces personnes, quelle que soit l’intensité de leur situation d’handicap, aient une voix. Qu’on s’efforce de comprendre, de penser aux moyens de mieux vivre ensemble, sans les exclure. Que davantage de lieux soient accessibles. J’aimerais qu’on ne soit plus mal à l’aise dans l’autobus lorsqu’une personne avec une incapacité intellectuelle nous adresse la parole. J’aimerais qu’on ne traite plus personne d’ortho, de retard ou d’autiste.

J’ai ben le droit de rêver.

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