Le palmarès des mots féministes de l'année 2016

Crédit photo: Hieu Le/Unsplash Le palmarès des mots féministes de l'année 2016

Comme je vis de mots et d’eau fraîche, on m’a donné l’extraordinaire mission d’élire les mots de l’année 2016, rien de moins. Et évidemment, en fière représentante TPLienne, j’ai choisi 4 mots féministes (sans ordre particulier) pour l’occasion. C’est parti, mon kiki!
 
Intersectionnalité contre féminisme blanc
Bon, déjà, je reviens sur les règles : j’ai choisi une opposition de mots comme premier mot. L’intersectionnalité a fait son apparition dans le discours ambiant il y a quelque temps déjà, à notre plus grand bonheur. Ce mot n’étant pas encore accepté dans les dictionnaires, je vous offre la définition qu’en fait Wikipédia :
 
« L’intersectionnalité étudie les formes de domination et de discrimination non pas séparément, mais dans les liens qui se nouent entre elles, en partant du principe que le racisme, le sexisme, l'homophobie ou encore les rapports de domination entre catégories sociales ne peuvent pas être entièrement expliqués s’ils sont étudiés séparément les uns des autres. L’intersectionnalité entreprend donc d’étudier les intersections entre ces différents phénomènes. »
 
On met donc maintenant le féminisme en relation avec toutes les autres formes de discrimination : le racisme, l’homophobie, la lutte des classes, etc. Il ne faut en aucun cas que le féminisme soit une affaire de femmes blanches privilégiées, mais bien que chaque personne, peu importe son genre, son origine ou le montant de son compte en banque, puisse s’identifier et réfléchir à la lutte pour l’égalité des sexes.
 


Crédit : Huffpost Women/Instagram

 
En contrepartie, le féminisme blanc est ce mouvement où certaines femmes occidentales propagent des diktats féministes sans considérer les implications des autres cultures, des autres discriminations potentielles. Les levers de bouclier quant au burkini le montrent bien : on est encore loin de laisser aux femmes le choix de vivre comme elles l’entendent. Ignorer les codes culturels, ignorer les problématiques sous-jacentes à l’égalité des chances, c’est complètement out en 2016, pis on espère que ce le soit à jamais. 
 
Privilège
Plusieurs personnes, un jour, se sont réveillées un matin et on leur a annoncé la mauvaise nouvelle : elles étaient privilégiées. Quoi, moi, ça?
 
Être privilégié, c’est surtout « ne pas être désavantagé ». Ne pas être désavantagé en tant que classe sociale, en tant que genre, en tant qu’origine ethnique. C’est ne pas souffrir d’un handicap, c’est ne pas connaître la pauvreté, c’est ne pas connaître la guerre dans son pays. Et ce n’est pas parce que vous êtes privilégiée que vous êtes une mauvaise personne, je vous rassure. Le problème, c’est quand on est inconscient de ses privilèges. 
 
Le problème, c’est être inconscient que le monde occidental tel qu’il est favorise inévitablement les hommes blancs baby-boomers hétérosexuels. Le problème, c’est être inconscient que, dès que tu sors de ce petit moule, ben la vie est pas mal plus rough.


Crédit : Deray McKesson/Twitter

 
Évidemment, comme le dit l’expression, « quand on se compare, on se console ». On va toujours trouver quelqu’un qui l’a plus difficile que soi et, à l’inverse, on va toujours trouver quelqu’un de plus privilégié que soi. L’important, c’est juste d’en avoir conscience et de militer concrètement pour l’égalité des chances au sein de notre société. Dénoncer les actes de racisme et de sexisme ordinaires, penser à l’accessibilité des lieux publics, des métros, des restos, mettre un frein à l’hétéronormativité en utilisant les outils linguistiques appropriés, etc. On fait tous et toutes partie du grand changement social.  
 
Queer
2016, ou l’année où ma mère a entendu pour la première fois le mot queer (merci, Cœur de Pirate). En 2016, beaucoup de personnes ont constaté que, ben oui, leur identité sexuelle était une construction sociale pis que c’était un peu de la marde. La société nous enseigne depuis notre plus jeune âge à diviser la population en bleu et en rose, alors qu’en fait, l’identité sexuelle est un continuum entre les deux (en passant, la couleur Pantone de l’année 2016 était le passage du bleu serenity au rose quartz : IL N’Y A PAS DE HASARD DANS LA VIE). La société nous enseigne que la princesse attend son prince charmant dans sa tour d’ivoire en se peignant les cheveux et qu’il n’y a pas d’autre modèle valable. En 2016 (et bien avant), on dit fuck off.  
 
L’hétéronormativité, c’est penser que l’hétérosexualité, c’est la seule orientation sexuelle admissible, la seule à considérer. Pis, ben non, ce n’est pas le cas. Il y a autant d’identités sexuelles qu’il y a d’individus, et ces identités évoluent constamment. Il faut l’apprendre le plus tôt possible aux enfants, il faut véhiculer des modèles queer positifs dès la petite enfance pour qu’enfin, on ait le droit (et le plaisir) d’être qui l’on souhaite sans se soumettre un modèle imposé. Les humains, peu importe leur genre et leur orientation sexuelle, ont le droit de s’aimer. Peace.   

Culture du viol
Cette locution, « culture du viol », a fait une entrée fracassante dans le vocabulaire des Québécois cette année. Des féministes ont eu l’audace de mettre en relation les agressions sexuelles faites aux femmes et la société qui tend à adopter des attitudes de tolérance et de laisser aller à leur sujet. T’sais, ce n’est pas 20 minutes d'action dans la chambre à coucher qui devrait ruiner la carrière d’un athlète. Ces maudites-là, les féministes, ça doit être les mêmes qui portent des jupes courtes, qui laissent leur porte de résidence débarrée, qui boivent de l’alcool, qui rentrent chez elles seules le soir. Elles courent après le trouble. 
 
Non, non et encore non. Ce n’est jamais la faute de la victime si elle subit de la violence sexuelle. Jamais.  
 


Crédit : Maude Bergeron pour Les folies passagères/Facebook

 
Des femmes (et des hommes) se sont rassemblées en 2016 pour dénoncer la culture du viol. Les Québécois.es ont fait preuve de solidarité en 2016, ils et elles sont descendus en masse dans les rues de la province et ont scandé « On vous croit ». Je pourrais vous parler des scandales sexuels qui ont éclaté partout au Québec, en Amérique du Nord, en Europe et vous parler des agresseurs, leur nom, leur profession (genre, président des États-Unis). Je préfère plutôt vous parler des femmes qui ont fait preuve de solidarité et de courage afin de dénoncer la culture du viol : ici, ici, ici et ici.     
 
Quels mots ajouteriez-vous à ce palmarès? 

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