Pourquoi est-ce que la culture du viol subsite-t-elle encore aujourd'hui?

À l'automne 2014, une vague de dénonciation d'agressions sexuelles sur les réseaux sociaux (#AgressionNonDénoncée) a permis à plusieurs victimes de briser le silence sur les agressions à caractère sexuel et sur la violence faite aux femmes. À l'occasion, plusieurs des collaboratrices de TPL s'étaient permises de lever le voile sur les agressions dont elles avaient été victimes.

Depuis une semaine, une nouvelle vague de dénonciation voit le jour. Toutefois, les victimes sont rapidement réduites au silence : on tente de les censurer, de les blâmer, de les poursuivre pour diffamation. Comme je le rappelle dans mon article précédent, j'ai décidé de faire un rescencement auprès des collabos de 2016, afin de démontrer que la culture de viol et les agressions existent bel et bien. Par respect pour elles, tous les témoignages sont anonymes. 

1. Atouchements juvéniles
« À 4 ou 5 ans, un membre de ma famille éloignée m'a fait des attouchements, je m'en rappelle encore aujourd'hui. Je ne l'ai jamais dénoncé en bonne et due forme, j'ai trop peur du processus, de briser ma famille et je ne fais pas confiance au système. Toutefois, je sais que je n'ai pas été sa seule victime. Je le revois encore dans les rassemblements familiaux... »

2. Abus de confiance 
« Je ne compte plus les fois où j'ai été agressée par mon premier chum. Du pognage de seins en semi-public à la relation complète où je pleurais en silence. Ça se rendait parfois jusqu'au sang. J'étais convaincue que c'était ça, une vraie relation amoureuse. Que c'était moi, le problème. »

« Mon premier chum avait 20 ans, moi 16. Quand je ne voulais pas lui faire de fellation, il me boudait et me raccompagnait chez moi, puis m'ignorait pendant des jours. Alors je me sentais forcée de lui en faire tout le temps, même si je n'en avais pas envie, simplement pour qu'il me donne de l'attention. Je ne connaissais rien d'autre... »

« À 14 ans, ma première relation sexuelle avec mon premier chum s'est mal passée. Comme ça me faisait très mal et que je tentais de le repousser, il a foutu une paire de bas dans ma bouche pour que je ne crie pas et qu'il puisse enfin me pénétrer. »

3. Agression inconnue
« J'avais 16 ans et j'étais dans une fête d'amis. L'alcool coulait à flots. Un gars que je ne connaissais pas à ce party (le seul inconnu, d'ailleurs) tripotait une fille sans retenue. Après quelques heures, je commençais à être tipsy, le gars s'est approché de moi et a commencé à me complimenter. Je lui ai demandé gentiment de me laisser tranquille. Après trente minutes, il s'est mis à me suivre partout. Il m'a embrassée de force et a commencé à me lécher le visage. J'ai fini par me libérer de son emprise en le frappant avec un poêlon. Bien sûr, il m'a traitée de tous les noms. Semblerait-il qu'il est parti avec sa blonde. J'ai dormi là-bas avec un de mes amis pour ma sécurité. Le lendemain matin, l'inconnu en question était couché sur moi, les mains sous mon gilet. Je ne savais pas depuis combien de temps il me tripotait... »

« J'étais sortie à Montréal avec ma gang d'amis et, comme j'habite sur la Rive-Sud, une de mes amies m'a proposé de dormir chez elle. Vers la fin de la soirée, cette amie a changé d'idée et m'a dit qu'elle préférait que je ne dorme pas chez elle finalement. Un gars qui était là, que je connaissais plus ou moins, a accepté que je dorme sur son divan. Chez lui, il arrêtait pas d'essayer de coucher avec moi, même si je lui ai exprimé à plusieurs reprises que je ne voulais pas. Je l'ai laissé faire, à bout de force. »

« Je revenais du travail, il devait être environ 21 h 30 et il faisait très froid. Je marchais sur la rue Ontario pour aller chez moi. Je venais tout juste de passer devant le bar de danseuses, en face du Tim Hortons, quand j'ai senti une main me grabber la noune, par en arrière. À travers mes jeggings, l'homme dans la mi-quarantaine a juste cru bon de tenter d'insérer ses gros doigts dans mon vagin. Quand je me suis retournée et que j'ai sacré comme une démone, sa seule réponse a été de me pointer la ruelle et de me dire “On fait-tu l'amour?”. Dégoûtée, j'ai empoigné mes clés dans ma main en guise de poing américain. Je me sentais ridicule. »

4. Fellations forcées
« Un gars me cruisait au travail et, après plusieurs échanges et regards, j'ai accepté quand il m'a demandé s'il pouvait me rammener chez moi. Il m'attirait, mais dix minutes après être rentré chez moi, il a sorti sa queue de son pantalon et m'a pris de force par la tête pour que je lui fasse une fellation. Je me suis retirée super vite et je lui ai dit que je ne voulais pas faire ça. Il m'a demandé pourquoi je l'avais invité chez moi alors. Je me suis sentie conne. »

« Je suis sortie dans un bar avec des amis. Un gars avec qui j'allais au cégep et que je trouvais cute était de la partie. J'ai commencé à danser avec lui et il m'a demandé si je voulais le suivre aux toilettes. Je croyais vraiment que c'était pour qu'on s'embrasse en toute intimité, mais il m'a plutôt poussée dans une cabine, a barré la porte et m'a forcée à lui faire une fellation. Il s'est mis devant la porte pour que je ne puisse pas sortir. Il était grand et fort, et je me sentais intimidée. »

Mais pourquoi de telles agressions ont-elles lieu?

En réponse à plusieurs articles vus dans l'actualité des dernières semaines, j'aimerais répondre que :

  • Non, ce n'est pas parce que nous sortons jusqu'aux petites heures du matin;
  • Ni à cause de notre habillement;
  • Ni à cause de notre consommation d'alcool;
  • Ni parce qu'on sourit;
  • Ni à cause qu'on transporte du jus d'ananas. 

Jeter le blâme sur la victime, parce qu'on la croit imprudente ou pour toute autre raison, contribue à déresponsabiliser les agresseurs de leurs gestes, à détourner l'attention des lacunes en matière de sécurité des femmes et victimes, et à entretenir la pensée que les victimes sont violables. La solution n'existe donc pas dans le fait qu'il faut apprendre aux femmes et aux jeunes filles à se protéger ou à éviter les abus sexuels, mais bien aux hommes d'apprendre à ne pas être des agresseurs et des violeurs. 

Si la culture du viol existe, c'est parce que des violeurs existent. Pour certains individus, « non » veut dire « oui » et le silence veut dire « oui ». Sans « oui », c'est « non ». Tout simplement. 

Crédit : Maude Bergeron/Les folies passagères

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