Être grosse et androgyne

Crédit photo: Rose de la Riva

Ce sont les mots que je cherchais depuis longtemps. C’est ce qui m’est finalement venu en tête quand, scénario pathétique, je me suis vue dans une robe que j’avais commandée en ligne qui me faisait vraiment très mal, après m’être fait faire une coupe bol. Je me suis regardée avec anxiété sans être capable d’exprimer le stress qui venait de m’envahir. Je me sentais ridicule.

Je fais des efforts constants pour séparer mon corps (son poids, son instabilité) de la personne que je suis. De mes goûts, de mon style vestimentaire, mais aussi de mon intelligence, pis de ma crédibilité. Je dois faire des efforts conscients, parce que dans mes périodes les plus creuses, j’ai tendance à m’infantiliser, à me prendre pour une joke simplement parce que mon corps a pas l’amabilité de disparaître. De se faire tout petit.

Je dois faire des efforts pour me convaincre de faire ce que je veux de mon apparence, parce que si c’est déjà difficile à accepter de ne pas être toute petite, ce l’est encore plus quand le style qu’on affiche est un peu alternatif.

C’est pas étranger au fait que presque toutes les images médiatisées des personnes queer ou androgynes sont celles de physionomies très minces, pour la plupart dénuées de formes, et plus souvent qu’autrement, très blanches, aussi. La « mode » androgyne, malgré le fait qu’elle ait quelque chose qui puisse plaire par son ambiguïté, n’en est pas plus marginale, et n’est tout de même pas si éloignée d’un modèle féminin élancé. Ces figures magnétiques dont l’esthétique mise sur la légèreté, la grâce… On trouve les femmes acceptables seulement quand elles prennent le moins de place possible, basically.

Crédit : Alex Viens

Ce modèle est confrontant pour toute personne dont la définition des genres est fluide, parce que ça habitue l’œil des autres à n’aimer l’androgynie que si elle est « belle », à la mode, ou même suffisamment féminine pour ne pas avoir à dealer avec la complexité des identités de genre. Et si le regard des autres est déjà difficile à supporter, le regard posé sur soi-même est d’autant plus dur, parce qu’il pousse vers un modèle de minceur impossible à atteindre pour une grande majorité. Mais y’a rien de nouveau là, non?

C’est justement cette image qui m’a toujours hantée. Adolescente, j’avais dans l’idée que mon corps collaborerait à pouvoir être transformé à ma guise. Je croyais même ne jamais avoir de seins, n’étant pas certaine encore de mon identité de genre. Puis j’ai pris la pilule contraceptive, je suis devenue majeure, j’ai vécu des événements éprouvants. J’ai terminé le secondaire en portant du 6, et je fais maintenant du 14. Mes courbes me donnent souvent l’impression de me trahir, de parler plus fort que moi. J’ai encore du mal à accepter le rapport de séduction forcé qui vient avec le fait d’avoir de gros seins, ou des hanches rondes. C’est aussi pourquoi j’aime disparaître derrière mes vêtements lousses, la plupart du temps.

Je travaille présentement sur ce que je vois dans le miroir. Mais seulement mentalement. J’aime la bouffe et même s’il n’y a vraiment rien qui puisse contrôler un trouble alimentaire, je préfère ne pas y penser du tout pour éviter toute chance de récidive. Je mets des vêtements dans lesquels je me sens cute et confortable. Je montre ma craque de seins quand je me sens suffisamment à l’aise. Et j’en fais une branche de plus dans mon discours engagé, dans la définition de la personne que je suis, pis dans mes articles TPL.

Avez-vous un rapport louche avec le poids et l’androgynie? 

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