À ceux qui blâment les victimes d’agression sexuelle

Crédit photo: Maude Bergeron À ceux qui blâment les victimes d’agression sexuelle

Prélude : Il y a quelques mois de ça, un texte très touchant signé Annie Nonyme a été publié sur Ton petit look et il s’intitule : « Mon ex me violait : une histoire triste et une leçon sur le consentement ». Je vous invite à le lire attentivement avant de poursuivre votre agréable lecture. Maintenant que c’est fait, j’aimerais m’adresser à ceux et celles qui ont exposé publiquement sur les réseaux sociaux et ailleurs leur point de vue comme quoi l’auteure du texte n’est pas une vraie victime d’agression sexuelle puisqu'elle n’a tout simplement pas été violée (selon eux, t’sais). Attention, le mot consentement est très présent dans ce texte puisqu’il ne peut jamais y avoir trop de consentement.

Allo à vous, qui doutez du statut de victime d’Annie Nonyme.

Vous savez, la seule chose qui définit si un contact sexuel est un viol ou non, c’est le consentement. Pas votre lecture d'un événement, ni le comportement avant et après coup.

J’aimerais vous citer quelques passages de la loi à ce sujet pour vous éclairer un peu, parce que c'est sûr que ce n’est pas simple et que malheureusement, ça ne fait pas partie de l'éducation sexuelle :

« Il n'est pas nécessaire qu'une personne résiste physiquement à une activité sexuelle pour conclure qu'elle n'y a pas consenti.
Par exemple, il n'y a pas de consentement sexuel lorsque la personne exprime, par ses paroles ou son comportement, l'absence d'accord à l'activité sexuelle.
Le silence n'équivaut pas à un consentement.
Le proverbe “qui ne dit mot consent” ne s'applique donc pas au consentement en matière sexuelle.
En effet, une personne doit clairement communiquer son accord à l'activité sexuelle pour que son consentement soit valide. Elle peut le faire par ses paroles, son comportement ou les deux. »

Je souligne ici la phrase : « Il n’y a pas de consentement sexuel lorsque la personne exprime, par ses paroles ou son comportement, l'absence d'accord à l'activité sexuelle ». Donc s’il y a absence d’accord, qu’elle soit témoignée d’une quelconque façon, il n’y a PAS de consentement.

Dire que l’auteure du texte n’est pas une victime équivaut à minimiser le viol et faire du victim-shaming (aka blâmer ou discréditer une victime). Personne ne peut se permettre de juger un évènement d’abus et son degré de gravité; la seule personne qui sache s’il y a eu consentement ou non, c’est celle qui est concernée. 

Un viol n’est pas obligatoirement un acte très violent, t’sais. Ce n’est pas exclusivement effectué par un inconnu qui laisse sa victime pleine de bobos dans une ruelle à moitié morte même si c'est souvent le sentiment d'une personne qui a vécu un viol, elle se sent mourir par en dedans. Oui, ça arrive aussi, mais la grande majorité des agressions sexuelles sont commises par des personnes en qui la victime avait confiance. Il s’agit souvent de membres de la famille, de connaissances, de proches et même du conjoint. Ça ne se passe pas simplement dans des lieux random et les agresseurs ne sont pas toujours des inconnus louches qui portent des trench-coats noirs.

Tout contact sexuel non-consenti est un viol et toute personne qui subit une agression est une victime. Il n’y a pas de fausses ou de vraies victimes.  

Certains ont aussi mentionné que l’auteure du texte était clairement une féministe pour se considérer comme une victime dans cette situation. Vouloir l’égalité des sexes, c’est aussi de reconnaître et d'exécuter des principes de base comme le consentement sexuel. L’auteure a été violée par « Ben », son ex-copain, qu’elle définit même comme étant un être attentionné, romantique et ouvertement féministe. Il y a un gros problème dans notre société si insister auprès d’une femme (ou auprès de n’importe qui, tout sexe, genre et identité sexuelle confondus) pour obtenir une satisfaction sexuelle est un comportement présent et accepté par certaines personnes. Il s’agit d’éducation et de principes de base : nous devrions tous apprendre à nous assurer qu’il y a un consentement. Il ne s’agit pas simplement des femmes agressées par les hommes, le consentement s’applique à toute la population humaine.

Il est vrai que les femmes sont très oppressées et connaissent une pression constante depuis toujours. Il n’y a pas si longtemps, une « bonne » femme avait pour devoir de satisfaire son mari sexuellement coûte que coûte. Certains diront que ce n’est plus comme ça de nos jours, mais avec des témoignages comme celui de l’auteure, il faut se rendre à l’évidence que cette pensée est encore très présente dans l’inconscient collectif.
 
Dans la situation décrite, l'auteure ne sentait pas le besoin d'avoir une relation sexuelle toutes les nuits et lorsqu'elle exprimait qu'elle était fatiguée, « Ben » insistait pour soulager ses propres désirs personnels. Il violait aussi le désir de cette femme de ne pas avoir de contact sexuel. 

Elle mentionne qu'elle finissait par se laisser faire, non pas par envie, mais pour pouvoir dormir en paix après. Ne pas la considérer comme victime équivaut à penser que la femme doit encore assouvir les besoins de son mari, envie ou non. Aujourd’hui, nous devrions tous savoir et comprendre qu'il ne faut simplement pas insister quand une personne dit non. Il n'y a pas de consentement lorsque quelqu'un se laisse faire sans désir et par pression.

Un « je suis fatiguée », « ça me tente pas » ou « pas ce soir » est un signe que la personne ne désire pas avoir de relations sexuelles, peu importe que son partenaire soit son conjoint, une fréquentation ou n'importe quel individu.

Comme je souhaite ardemment que tout le monde comprenne cette base (et aussi pour mettre en valeur mes talents de mathématicienne, souligner mes capacités intellectuelles supérieures et ma compréhension légendaire des additions très compliquées, lol),  je vous propose d’analyser ces deux calculs :

1 + 1 = 2
1 + 0 = 1

Donc, additionner deux personnes consentantes égal à du sexe sans présence d’agression. Par contre, additionner une personne consentante et une non-consentante égal à du sexe avec présence d’agression. En d’autres termes, lorsque quelqu’un est seul à désirer une relation sexuelle et que l’autre partenaire n’est pas consentant, C’EST UN VIOL. 

Lorsqu’il n’y a pas de oui, c’est non.

Et savez-vous quoi? La masturbation, ça existe. Si vous êtes deux (ou trois, ou dix-huit, ou mille) à vouloir pratiquer une activité sexuelle ensemble, allez-y et faites-vous plaisir. Sinon, organisez-vous tout seul avec votre propre corps, pas avec celui des autres.

Finalement, ce n’est pas si compliqué à comprendre le consentement, n’est-ce pas? Alors, pourquoi ne pas encourager une culture du consentement plutôt qu’une culture du viol?
 
Pensez-y.

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