Flashback à l’été de mes 17 ans.

L’un des pires étés de ma vie. Je venais de me faire slacker par ma première job et j’avais terminé le secondaire avec le sentiment d’être encore plus méfiante et agressive que jamais envers toute autre personne que mes 5 amies. Je buvais énormément et je vivais de nuit. Puis, je calmais mon anxiété sociale en me grattant le bras jusqu’au sang.

Une de mes amies sortait avec un gars très à gauche, dont les opinions et la révolte me rejoignaient à l’époque. On sortait souvent les trois ensemble ou bien je le rencontrais pour jaser, parce que j’en étais venue à le considérer comme un ami aussi. Parce que c’était rare pour moi de trouver quelqu’un avec qui je m’étais sentie à l’aise rapidement. Je lui confessais mon agressivité envers le monde. Mon effarouchement envers les hommes, envers toute. Pis il m’écoutait.

Devrais-je ajouter que mon amie et lui étaient dans une relation ouverte?

La suite n’est pas très originale. Lui et moi avons bu dans un parc. Moi j’ai bu beaucoup parce que j’étais nerveuse et malheureuse, à mon habitude. Et ça s’est vite terminé chez lui. C’était peut-être dû au fait que c’était la quatrième fois seulement que je couchais avec quelqu’un, mais tout ce qu’il faisait me faisait mal. C’était rough. J’ai finalement profité du fait qu’il me prenait par derrière pour pleurer.

Je suis rentrée chez moi en titubant, quand ça a été fini, et je me suis couchée sur-le-champ pour essayer d’oublier ce qui venait de se passer. Le lendemain, j’avais une entrevue pour une job et j’ai dû couvrir mon cou de cache-cernes pour dissimuler les morsures de la veille.

Je croyais honnêtement que c’était ma perception qui m’avait joué des tours. Pis que c’était normal, d’avoir des expériences sexuelles désagréables – voire violentes – à l’adolescence. Je ne m’étais jusque-là jamais donné le droit d’admettre que c’était un viol, ou quelque chose qui se rapprochait même un peu du non-consentement. Entre autres parce que ça avait décrissé ma relation avec mon amie. Parce que je me sentais coupable, parce que tout portait à croire que je l’avais cherché. Mais aussi parce que ce gars-là était un militant de gauche très connu et supposément féministe.

C’est sans grande surprise que ce même gars-là s’est fait accuser de viol trois fois dans les années qui ont suivi.

J’étais en colère de n’avoir jamais eu le contrôle sur le contexte de mon agression. J’étais triste aussi de m’être montrée vulnérable devant quelqu’un qui a profité de ma faiblesse, de toute la noirceur de mon état à l’époque. J’ai longtemps cru que c’était moi qui avait laissé mon viol se produire, alors que c’était tout le contraire. Cette personne avait infiltré mes brèches pour en voler quelque chose. Facilement.

Quand je me fais demander pourquoi c’est si important d’exiger des espaces féministes non mixtes, ben j’ai de la misère à ravaler ma salive. Parce qu’il existe encore trop d’hommes féministes qui interrompent les femmes ou qui ne se rendent pas compte qu’ils parlent d’une situation qui leur est peut-être étrangère. Il y a aussi et malheureusement encore trop de safe spaces infestés par des faux-alliés comme celui dont je parlais. Les hommes ont tout à fait le droit d’être maladroits et ce ne sont évidemment pas tous les hommes féministes qui ont des tendances dominantes. Mais ça existe, pis c’est vraiment troublant.

Suite à mon viol et à mes mauvaises expériences, je fais de mon mieux pour me protéger et pour protéger les femmes qui m’entourent. J’essaie aussi de faire en sorte que les hommes de mon entourage soient de bons alliés. J’exige la base, comme le fait qu’ils ne parlent pas à la place des femmes, ou plus fort qu’elles. J’exige aussi qu’ils se questionnent sur la manière dont ils ont traité les femmes qui ont orbité dans leur vie, dans le but de réaliser s’ils perpétuent eux aussi certains patterns néfastes. J’exige qu’ils laissent aux femmes l’espace dont elles ont besoin pour se refaire une voix, entre elles, pour trouver une résonnance dans leur vécu. T’sais, la base.

C’est par défense, clairement, que je me réserve un droit de méfiance illimité envers les hommes qui parlent au nom des femmes. Le droit d’être farouche, le droit d’être à cheval sur les mots qu’ils choisissent. Le droit d’être fâchée, aussi. Parce que les mots sont notre seule défense. C’est aussi par solidarité que je me permets autant d’intransigeance. Pas le temps pour les zones grises. Trop de sœurs, trop de mères, trop d’amies.

Trop de déceptions. Je n’ai plus la force d’accepter autant de violence, surtout quand elle naît dans un lieu de confiance. Terminés les mensonges et les incertitudes du consentement : je n’ai maintenant le cœur qu’à la vérité. 

Que pensez-vous des espaces féministes non mixtes?

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