Automatiquement, peu importe le voyage, peu importe le contexte, environ 3 semaines après mon retour à la maison, j’ai le même sentiment. J’oublie combien j’étais tannée d’être sale, j’oublie les mêmes conversations insipides avec des douchebags saouls de Sydney/Londres/Berlin (« Tu viens d’où? T’étudies quoi? Pourquoi tu parles français si t’es Canadienne? »), j’oublie que je m’ennuyais à en mourir du saumon fumé et des bagels, j’oublie mon linge fripé, humide, puant, j’oublie que la profondeur de mes relations à la maison me manquait. J’oublie.
Je me souviens juste d’une chose qui me manque par-dessus de tout le reste : l’exaltation. Je me souviens de ce sentiment irremplaçable : la certitude d’avoir les deux pieds là où je suis censée être. Je me souviens de l’émotion poignante qui me remplissait des orteils jusqu’à la racine des cheveux, au point d’en être couverte de frissons : avoir devant moi ce que le globe a de plus beau et de plus excitant à offrir.
Ce sentiment, c’est ce qui fait que votre amie n’arrête pas de chialer que Montréal, c’est plate. C’est ce qui fait que ceux qui pensaient s’offrir « le voyage de leur vie » durant leur année sabbatique sont finalement repartis un ou deux mois à peine revenus. Ce sentiment, c’est ce qui te fait réévaluer tes plans de carrière, c’est ce qui te fait faire des listes de villes et de paysages à voir absolument avant de mourir, c’est ce qui te réveille la nuit avec une nouvelle idée de voyage.
Ce sentiment, c’est une drogue. Et comme toute bonne droguée, j’ai dû me désintoxiquer, parce que, cette année, je reste à Montréal. Je me trouve drôle de dire ça parce que j’ai quand même un voyage de 2-3 semaines de planifié pour l’Europe à la fin de l’été, mais comme une bonne junkie, je trouve que ce n’est pas assez.
Pour être en paix avec l’idée de ne pas partir longtemps cet été, j’ai d’abord dû me souvenir de quelque chose : j’ai l’incroyable chance de vivre et d’évoluer dans une des villes les plus belles et les plus stimulantes d’Amérique du Nord. Peu importe ce que certains en disent. Malgré le trafic, les sens uniques, les égouts qui puent sur le plateau, les snobs, les méchants et la saleté, Montréal, je l’aime à la folie. Je l’aime au point de me l’être fait tatouer dans le dos pour ne jamais l’oublier.
Et quand j’oublierai tout ça, je ferai un petit trip à New York, je partirai voir si j’y suis dans le Bas-du-Fleuve ou dans les Cantons de l’Est, et je commencerai à économiser pour ma prochaine dose de grandiose.
Savez-vous de quel sentiment je parle? Comment faites-vous la paix avec le fait de ne pas voyager cette année?