J’y ai pensé pendant deux ans avant de m’acheter un nettoyant Vagisil.

J’ai attendu les « conditions gagnantes » comme Lucien Bouchard : j’étais accompagnée d’une amie avec qui je parle de fesses et qui m’a poussée à me décider. Pis j’ai fini par amener ma bouteille de Vagisil au comptoir-caisse de la pharmacie, avec une pierre ponce pis un rouge à lèvres.


Crédit : Montage de Alex Viens
 

Fidèle à mon habitude, je ne peux pas traverser une expérience gênante sans en parler à tout le monde autour de moi. Au début j’ai fait des jokes par rapport au fait que certaines compagnies devraient revoir leur marketing. J’affirmais que des noms comme « Vagisil », ou « ex-lax », ce n’était pas vendeur et que ça rendait l’achat de ces produits-là gênant.

Aussi gênant qu’un laxatif qui s’appellerait « CONSTIPIX », genre.
 


Crédit : Giphy
L’affaire, c’est que malgré mon front de jeune femme qui parle de pets et de menstruations, j’ai dû l’admettre : j’ai encore peur des mots. Que ça vienne de mon éducation, de mes expériences sexuelles douteuses à l’adolescence ou de mes daddy issues, le problème reste le même.

J’ai honte des produits qui parlent à ma place, des préjugés, de l’image qui accompagne le fait d’acheter un tube de Vagisil ou une boîte de Canesten. J’ai honte quand je n’ai pas l’occasion d’en rire moi-même. Et j’ai honte d’avoir honte. D’affronter le fait que mon corps me met mal à l’aise. Parce que parler de vagins et de tout ce que ça implique de sécrétions, c’est encore pas mal underground.

Le problème dépasse le marketing de produits pour le vagin ou pour les hémorroïdes, mettons. Je me mentirais à moi-même si je me faisais croire qu’une petite bouteille au nom évoquant les fleurs et un logo de coquillage cute ça détournerait l’attention de mon pH sensible. Je crois entre autres qu’il y a un gros malaise de société quand vient le temps d’expliquer aux jeunes filles comment prendre soin de leurs parties intimes. Ce qui est sain, ce qui ne l’est pas… Ou juste d'éduquer les gens sur ce qu'est un vagin, t'sais.
 

Crédit : Alex Viens
 
Et si on s’avouait nos bobos plus souvent? Si on arrêtait de croire qu’on était anormales, ou sales, ou même toutes seules quand on achète des produits pour traiter nos vagins? Si on arrêtait de croire qu’il y a des choses dont on peut rire et d’autres qui sont juste too much?

Parce que justement : l’humour est un bon neutralisant de malaise. C’est entre autres par l’autodérision que j’ai fait la paix avec les pets, les crottes de nez pis le fait que je chante mal. Et si, au moyen de l’humour, on pouvait démocratiser les jokes d’infections à levure sans passer par le shaming habituel, ce serait un très grand pas vers la banalisation des problèmes de vagin.

En ce qui me concerne, ça va mieux. J’ai cassé la glace en achetant mon Vagisil et je l’ai placé à côté des shampooings, bien chill, à la vue de mon chum et de mon coloc, tous deux dotés d’un pénis. Je m'excuse, mais je refuse d'avoir honte de prendre soin de ma flore vaginale. Pis je pense que c'est un bon début.

Cœur à cœur : avez-vous des anecdotes de pharmacie à me partager?

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