Parce qu’on met souvent de l’avant ceux qui parlent fort, qui voient loin et qui s’étendent dans tous les ch’emins, moi j’avais envie de vous parler d’une madame qui parle pas fort, qui voit pas loin, pis qui s’étend jamais bien loin.
 
Une madame avec de grands yeux bleus qui tient boutique rue Saint-Vallier depuis bien des années. Genre que vous étiez même pas nées, vous étiez loin de l’être, vous étiez même pas encore un brin de poussière dans l’univers.

Madame Bleue.

Madame Bleue, je l’ai connue dès mon premier contact avec Saint-Sauveur, pis je dois avouer que j’en ai eu un peu peur. La vitrine de sa boutique a en effet des propriétés réactives : des jaquettes sorties tout droit du garde-robe de votre arrière grand-mère, des petits pyjamas pour bébés tout délavés ainsi que d’autres objets difficiles à identifier.
 


Crédit : Andréanne Wahlman

Une boutique très loin de la notion de fashion que l’on connaît.

Le genre de boutique qu'on se demande comment ça se fait qu’elle n'ait pas fait faillite.

Mais non.
 
Madame Bleue, c'est comme une petite maman. C’est celle qui en a rien à foutre du fame, de la mode qui se passe « en dehors ». C’est celle qui te parle de sa famille, de la maladie, de sa philosophie de vie, alors que toi t’es là pour donner la parole à sa boutique, pour parler mode, marketing et journalisme.

C’est celle qui nous remet tout notre fashion show en pleine face en montrant qu’on a pas besoin de parler de tout ça pour comprendre l’essence d’un endroit, pour saisir la mode qui habite quelqu’un.

C’est celle qui en te vendant des vieilles jaquettes, des pyjamas délavés, des bas collants amincissants et des poissons (oui oui, le mur du fond est rempli de poissons à vendre) te donne un peu d’elle-même. Parce que Madame Bleue reste fidèle à ce qu’elle aime, pis c’est ça qu’elle vend. Que ce soit du stock acheté d’un fournisseur il y a 40 ans n’a pas d’importance : elle est pas là pour jouer la game, Madame Bleue, elle est là pour te fournir en ce qu’elle aime.
 


Crédit : Andréanne Wahlman

« Moi, tant que j’ai assez d’argent pour vivre pis manger, c’est correct . »

Inutile alors de lui demander si sa boutique enfantera des petits, ou si encore elle désire que je prenne des photos pour un article.

Donc me voilà, sortie de sa boutique, sans séance d’essayage, sans réel magasinage. Mais bon, après tout, j’ai pas de bébé, je porte ni jaquettes ni bas collants, pis les poissons m’aiment pas vraiment.
Mais j’ai fait une belle rencontre, une rencontre mode. À la mode de Madame Bleue.
 
Si vous passez rue Saint-Vallier, je vous le dis, ça vaut la peine.

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